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La tranche familière

« Au fil des décennies, j’ai moi-même accumulé quelques milliers de livres ; ils ont assez de valeur à mes yeux pour que je me saigne aux quatre veines, même ceux que je n’ai pas lus mais dont la présence me rassure à chaque fois que mon regard tombe sur leur tranche familière. J’ai fini par comprendre que c’est moins un fardeau qu’une forme de richesse, au sens littéral du terme. »

Thomas Chatterton Williams. Ecrivain vivant entre New York et Paris Autoportrait en noir et blanc (Grasset 2021).

Le lecteur dont la bibliothèque déborde s’interroge sur la nécessité de garder les livres non lus. Il y a des chances que ces livres surnuméraires encombrent la bibliothèque qui souvent est, de ce fait, débordée et débordante. Les rayonnages n’en peuvent plus. Pourtant il arrive que nous gardions ces livres en partie car nous regardons leur tranche. Ils nous sont devenus familiers et font partie de notre paysage littéral. Les livres que nous conservons ont ainsi une dimension esthétique indépendante de notre consommation lectorale. Même sans les lire nous nous en « payons une tranche ». Et ça n’a pas de prix.

Considérez-vous les livres non lus comme des fardeaux dont on doit se débarrasser ou comme faisant partie du paysage de la bibliothèque et de ce fait intouchables. ?

André Bellatorre

André Bellatorre

Il a assuré pendant deux décennies des cours de littérature contemporaine dans le cadre du DU d’écriture. Il y a cultivé la notion de métalepse narrative mise au jour par Gérard Genette. Il a publié deux ouvrages Le printemps du temps (avec Michèle Monte) et l’Aventure narrative (avec Sylviane Saugues) créé et collaboré à la revue d’écritures Filigrane, voilà pour l’écrit. L’oral ? Une communication au colloque de Cerisy. Il anime aussi des ateliers d’écriture buissonniers.

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    One Comment

    • Laure-Anne Fillias-Bensussan dit :

      Chaque livre, chaque tranche a pour moi une charge affective différente, éveille des sentiments, un appétit différent : pour les cadeaux, gratitude, mais agacement si intention trop criante de me dire indirectement quelque chose d’importun, patience pour les nourritures auxquelles on « s’attend » mais pour lesquels notre estomac n’est pas encore prêt, tendresse pour ceux qui un temps ont rempli des vides intellectuels, donné des réponses provisoires sur nos chemins. Tranche gourmande quand saveurs familières ou exotiques de pays natals. Tranche d’oignon quand traversées poignantes, tranche rassise quand c’est fini entre le livre et moi, madeleine quand les belles couvertures me font penser à l’être cher qui les possédait.
      Alors, oui je garde, et si c’était just un fast food, je recycle ds les boites à livres dans les rues. Quelqu’un y mettra son beurre.

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