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SILENCES

« Que voulez-vous écrire quand on sort les enfants des décombres ? Dans quel ordre faut-il ranger les mots pour atténuer la douleur ? »

Artur Dron (né en 2000, poète ukrainien)

 

Le silence cherche son musicien, un musicien qui note les silences, ça se trouvait naguère*, avant la guerre, avant le bruit d’enfer qui déchire les tympans, les immeubles de Kiev, leurs enfants.

*Je me flattai d’inventer un verbe poétique accessible à tous les sens … J’écrivais des silences. Rimbaud (Une saison en  enfer)

*Jadis avec flûte et mandore Sur les cordes de la viole Pour la délicate phalange
Musicienne du silence  Stéphane Mallarmé

Jean-Jacques Dorio

Jean-Jacques Dorio

DORIO Jean Jacques/ 1945/ Ariège/ marié 4 août 1979/ veuf 2014/ Professeur de collège/ 1966-2005/ Coopérant à Caracas (Venezuela) 1968-1970/ Vit depuis 1978 aux Martigues/ Livres de poèmes : Secret des marges : Rafael de Surtis (2011)/ JeT’Rêve : Rafael de Surtis (2011)/ Itinéraires : P.J. Oswald (1975) Recueils de poésie chez Encres Vives/ Livres d’Artiste / CD de Chansons (paroles, musiques, interprétations JJ Dorio). Blog de poésie : un poème pour chaque jour depuis le 08/01/2006, poésie mode d’emploi wordpress.com/view/poesiemodedemploi.home.blog

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    5 Comments

    • Laure-Anne dit :

      Les silences de Rimbaud et de Mallarmé sont de luxueux silences, ceux que permet la paix, fût-ce pour faire résonner ce qu’elle permet d’angoisses, d’extases, d’admirations…
      Ceux du jeune poète d’Ukraine, on les devine pleins des cris et du sang des blessés, pleins des sanglots des endeuillés, plein du désir de vrais silences de luxe …et nos paroles voudraient être sonores assez pour les faire entendre, les rendre sì insupportables qu ´il n’y aurait plus d’autre choix que les faire cesser…
      Mais…

    • Ariane dit :

      « Dans quel ordre faut-il ranger les mots ? » Cette question résonne fortement pour moi.
      Après « que voulez-vous écrire » qui débouche en effet peut être sur le silence comme impuissance des mots, cette deuxième question est comme un sursaut de vie, une persévérance à remettre de l’humanité, du sens, dans le chaos. L’ordre des mots contre le désordre de la mort.
      Et puis cette douloureuse parole nous rappelle aussi de ne pas oublier la tragédie qui se joue en Ukraine, même si le monde n’est pas avare d’autres malheurs. Et convoque notre Europe à répondre présente.

    • JJ Dorio dit :

      Aux deux lectrices attentives qui ont fait résonner et enrichi ma contribution, j’offre cette variation :

      J’écris seul en silence sur l’oreiller
      en mesurant la chance de ne pas écrire « dos au mur »
      comme ce qui advint à l’admirable André Chénier
      guillotiné le 7 Thermidor de l’an II
      à l’âge de 31 ans :
      « comme un dernier rayon
      comme un dernier zéphyre
      au pied de l’échafaud
      j’essaie encor ma lyre »

    • Pierre Hélène-Scande dit :

      Si la question est posée par un poète, elle est alors une réponse possible à la question qu’elle pose.

      Si celui qui parle est un parent, alors, me semble-t-il, elle ne se pose pas, et seul convient le silence.

      Ou peut-être, loin de l’oreille du parent, dire le nom des suppliciés.

    • jacqueline L'heveder dit :

      Oui, comme le suggèrent déjà les premiers commentateurs, mettre des mots sur l’horreur c’est déjà en être à l’écart, un peu, et ces mots ne peuvent être les mêmes selon qu’il s’agit d’un poète ou d’un parent, de même le silence.
      Et l’ordre dans tout ça?

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