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Il y a quelque temps, de passage à Bordeaux, j’avais donné rendez-vous à un ami habitant la ville. Nous avions choisi de nous retrouver à La Machine à Lire, la belle librairie de la place du Parlement. Alors que j’attendais son arrivée, je feuilletais quelques ouvrages, de préférence de petits formats, comme je le fais habituellement à la recherche de textes inconnus susceptibles de m’ouvrir de nouveaux horizons de réflexion ou de divertissement. Dans cette situation, je suis alors en posture de dégustation d’un en-cas derrière lequel est espéré un plat principal plus consistant.

Se présentèrent Maurice Blanchot et l’étoile des éditions de Minuit avec pour titre : « La Communauté Inavouable ». Blanchot, je n’en connais que de vagues généralités, c’est-à-dire au fond, rien !

Dès l’introduction, les mots en italiques de communauté, communs, communisme attirèrent mon attention. Je relevai d’emblée, à la deuxième page, ce questionnement de l’auteur :

« … je lis ces lignes d’Edgar Morin que beaucoup d’entre nous pourraient accueillir : « Le communisme est la question majeure et l’expérience principale de ma vie. Je n’ai cessé de me reconnaître dans les aspirations qu’il exprime et je crois toujours en la possibilité d’une autre société et d’une autre humanité ». Cette affirmation simple peut paraître naïve, mais, dans sa droiture, elle nous dit ce à quoi nous ne pouvons nous soustraire : pourquoi ? qu’en est-il de cette possibilité qui est toujours engagée d’une manière ou d’une autre dans son impossibilité ? »

En clair, Maurice Blanchot nous plonge dans les abîmes de nos volontés contradictoires : soit faire communauté sans jamais vraiment y arriver, soit refuser, au contraire, l’appartenance à tout groupe à l’exception de celui rassemblant ceux qui les rejettent tous. Dans les deux cas, la communauté est inaccessible et inavouable…

Alors quand j’ai reçu le message du collectif d’animation de la revue Fragile invitant à proposer quelques lignes inspirantes, je me suis demandé si ce n’était finalement pas ça son propre projet : tenter de rassembler quelques personnes partageant modestement la pratique solitaire de l’écriture. Autrement dit, former une communauté inavouable d’écrivaillons isolés. Ambition fragile, le qualificatif convient parfaitement à la revue.

Marc Bécret

Marc Bécret

Marc BECRET se définit comme un homme ordinaire qui cherche à échapper à la médiocrité. Né à la fin des années 50 du XXème siècle, il entame la dernière partie de son existence. Il aime à dire que la vie n’est que le long apprentissage du renoncement à la vie et songe souvent à l’affirmation attribuée à Georges BATAILLE selon laquelle il faut regarder venir la mort les yeux dans les yeux et l’accueillir comme une ultime jouissance. La littérature constitue l’une de ses béquilles existentielles mais il hésite à écrire de peur de rajouter de la banalité à la banalité et n’a donc jamais publié.

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