Il y a quelque temps, de passage à Bordeaux, j’avais donné rendez-vous à un ami habitant la ville. Nous avions choisi de nous retrouver à La Machine à Lire, la belle librairie de la place du Parlement. Alors que j’attendais son arrivée, je feuilletais quelques ouvrages, de préférence de petits formats, comme je le fais habituellement à la recherche de textes inconnus susceptibles de m’ouvrir de nouveaux horizons de réflexion ou de divertissement. Dans cette situation, je suis alors en posture de dégustation d’un en-cas derrière lequel est espéré un plat principal plus consistant.
Se présentèrent Maurice Blanchot et l’étoile des éditions de Minuit avec pour titre : « La Communauté Inavouable ». Blanchot, je n’en connais que de vagues généralités, c’est-à-dire au fond, rien !
Dès l’introduction, les mots en italiques de communauté, communs, communisme attirèrent mon attention. Je relevai d’emblée, à la deuxième page, ce questionnement de l’auteur :
« … je lis ces lignes d’Edgar Morin que beaucoup d’entre nous pourraient accueillir : « Le communisme est la question majeure et l’expérience principale de ma vie. Je n’ai cessé de me reconnaître dans les aspirations qu’il exprime et je crois toujours en la possibilité d’une autre société et d’une autre humanité ». Cette affirmation simple peut paraître naïve, mais, dans sa droiture, elle nous dit ce à quoi nous ne pouvons nous soustraire : pourquoi ? qu’en est-il de cette possibilité qui est toujours engagée d’une manière ou d’une autre dans son impossibilité ? »
En clair, Maurice Blanchot nous plonge dans les abîmes de nos volontés contradictoires : soit faire communauté sans jamais vraiment y arriver, soit refuser, au contraire, l’appartenance à tout groupe à l’exception de celui rassemblant ceux qui les rejettent tous. Dans les deux cas, la communauté est inaccessible et inavouable…
Alors quand j’ai reçu le message du collectif d’animation de la revue Fragile invitant à proposer quelques lignes inspirantes, je me suis demandé si ce n’était finalement pas ça son propre projet : tenter de rassembler quelques personnes partageant modestement la pratique solitaire de l’écriture. Autrement dit, former une communauté inavouable d’écrivaillons isolés. Ambition fragile, le qualificatif convient parfaitement à la revue.

En écho, cette phrase de Montaigne, pleine de subtiles implications, que je le vois bien écrire en souriant en coin dans sa moustache …
« En un temps où le méchamment faire est si commun, de ne faire qu’inutilement il est comme louable. » (Essais III, 9 De la vanité)
Il y aurait beaucoup à dire, notamment sur le « méchamment faire » dont nous sommes accablés de tous côtés du monde et qui si dans trop de cas ( pas tous ) est le fruit d’intention ( affichées au moins) hautement morales!
Des écrivaillons isolés mais des collectifs, même si fragiles, pour tisser des écheveaux de soutien à la cause de la culture, des communautés plurielles pour garder espoir.
en effet, la revue est, bien avant de l’avoir nommé et porté comme un étendard, un « collectif », voulu par son fondateur, PHS, mu par les participations aux différents organes de créations proposés. Et par les commentaires, pour ceux qui aiment savourer le gâteau en compagnie!
Oui, plus que communauté, faisons promenades , en se serrant les coudes, pas seulement pour se donner du courage, mals peut-être aussi pour entrevoir ce que pourraient être nos courages, en soutien à celui des Ukrainiens, des Iraniennes, des Afghanes mutiques par force…
La revue Fragile est ouverte aux amateurs d’écritures et autres calligraphes, et aussi aux plasticiens, et à ceux qui écrivent avec des notes ainsi qu’à ceux qui avec leur corps tracent des arabesques dans l’espace. Des communautés diverses peuvent s’y côtoyer, voire s’y mêler.
Et désolée pour coquilles et fautes d’orthographe, que le mini téléphone et l’inadvertance pressée n’excusent pas néanmoins.