« Qui naît s’engage »
Alice Godel, L’aube, Les Cahiers des Brisants, 1985
Ce monostiche d’Alice Godel, poétesse aujourd’hui injustement oubliée, mère d’Andrée Chédid, dit tant en si peu de mots ! C’est un élan, une force pour aller, assumer le verbe vivre et tout ce qu’il recouvre. Le lisant, on ne peut que se dire que sa fille a suivi toute sa vie cette assertion à la lettre, et qu’il est bon et joyeux de lui emboîter le pas.
Nous sommes là, et c’est difficile et c’est une merveille. Alors, allons !

Quelle belle phrase, paradoxale, car qui naît n’a rien demandé et n’est que dépendance ; mais, donné au vivant , le juste né n’a que le choix d’embrasser la vie comme un arbre le ciel, de se mettre debout et de tenir bon… avec l’appui de ses semblables ; ainsi peu à peu il donne de soi au monde, qui le lui rend, ou pas…
Celui qui, faute d’autres engagés, reste en deçà de sa naissance dans le regret d’être, est embarqué, et à douleur, dans un corps à corps tueur avec sa propre force vitale…
Pensons-y quand nous croisons un enfant…
Merci de cette phrase donneuse d’énergie !
La beauté et la force de cette affirmation, me semble-t-il, est qu’elle fait de la naissance un choix, ce qui présuppose que notre vie a une valeur, et, ajoute le vers, que cette dernière vient de ce que, de notre vie, nous faisons quelque chose.
Aphorisme magistral dans sa brièveté ! J’y entends l’appel à assumer notre place de maillon dans la chaîne de la vie. Naître nous relie de fait, quoi que nous fassions, aux vivants qui nous ont précédés, à ceux qui viendront.
Mais pour ce qui est du lien à ceux d’aujourd’hui, il résultera davantage (il me semble) de notre engagement à tenir bon sur le désir, la force, et l’intelligence que nous mettons à vivre avec eux (que nous soyons maillons faibles ou forts, pourvu que maillon nous le soyons un peu …). Alors oui, « allons ».
Phrase coup de pied aux fesses. Le nourrisson propulsé dans l’obligation de. Pour la bonne cause semble-t-il car si l’engagement est co existant au vivant c’est pour qu’advienne le meilleur, qu’émergent d’autres possibles.