Skip to main content

« Quant à ses dernières paroles, si homme doit en rendre compte, c’est moi, tant parce que du long de sa maladie il parlait aussi volontiers à moi qu’à nul autre, que aussi pour ce que pour la fraternelle et singulière amitié que nous nous étions entre-portée, j’avais très certaine connaissance des bienfaits, jugements et volontés qu’il avait eus durant sa vie, autant sans doute qu’homme peut avoir d’un autre. »

C’est la première phrase de la Lettre à son père de Montaigne sur la mort de La Boétie, écrite en 1570 sept ans après la mort de celui-ci et deux ans après celle de son père. La Lettre se trouve en fin des écrits que Montaigne a fait imprimer à Paris, hormis la polémique œuvre du Discours sur la servitude volontaire, en tant que légataire des écrits de son ami.

Il « y faudrait un beaucoup meilleur style que le mien » pour décrire « le corps invincible dans un corps atterré et assommé par les furieux effets de la mort », l’art de mourir que va incarner son ami.

Plus loin dans la Lettre, il y a aussi les fameux mots « il se mit à me prier (…) de lui donner une place… ». 

Pour ma part, en 2025, j’aurai savouré le « Quant à ses dernières paroles… » ce genre d’attaque qui crée un style.

6 Comments

  • Ariane dit :

    Vos remarques m’évoquent une autre phrase de Montaigne : « Un suffisant lecteur découvre dans les écrits d’autrui des perfections autres que celles que l’auteur y a mises et aperçues, et y prête des sens et des visages plus riches. » (Essais I,24 Divers événements de même conseil)
    Par « suffisant » je comprends : « qui y met du sien ». En ce sens Montaigne est pour moi par excellence un « suffisant » auteur, un auteur qui est là dans son texte, vraiment, totalement (affaire de style en effet, je le pense aussi). Si bien que sa lecture ne peut qu’inciter à la même présence en retour.
    Alors oui lisons et savourons Montaigne encore et encore, ce ne sera jamais assez !

    • Burbaud dit :

      Merci de votre éclairage sur « suffisant ».
      Pour info, j’avais envoyé un texte plus long, – mais j’étais averti qu’il n’y aurait pas la place de le mettre en ligne en totalité – sur l’émotion de Concetta Cavallini, professeure invitée du Mois Montaigne en novembre dernier à Bordeaux, à la lecture, lors d’une conférence, de cet incipit de la lettre de Montaigne car il crée un style.

  • jacqueline L'heveder dit :

    Cette phrase contient une sérénité que j’aimerais avoir eu lors de la mort d’amies proches, ne garder, regarder, que l’immense place qu’elles tenaient en moi, et non le vide qu’elles me laissaient.

    • Ariane dit :

      Oui c’est vrai. Une belle phrase qui dit la force du lien par delà la mort, la présence qui reste dans l’absence. Ce qui éclaire encore autrement ce « quant à moi » qui la commence.

      • Ariane Beth dit :

        Euh j’ai mélangé le « quant à ses dernières paroles » de Montaigne et le « pour ma part » de votre commentaire ! Mais après tout …

  • Laure-Anne dit :

    Oui, il y a Montaigne, et son style, sa manière de faire un deuil immense, il y a La Boétie qui mourant porte « invincible » son humanité charnelle, et il y a nous qui prenons ici force et joie dans l’admiration, et la « présence » amie de ces êtres avec nous …

Leave a Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.