Il était une fois … une petite fille de village, la plus jolie qu’on eût su voir (Le Petit Chaperon rouge)
Il était une fois … un bûcheron et une bûcheronne qui avaient sept enfants (Le Petit Poucet)
Il était une fois … un gentilhomme qui épousa en secondes noces une femme, la plus hautaine et la plus fière qu’on eut jamais vue (Cendrillon)
Charles Perrault
Je pourrais continuer longtemps à égrener ces « Il était une fois … » qui ont su bercer mon enfance solitaire.
Dès que cette formule magique était prononcée, je savais qu’un monde merveilleux allait s’ouvrir à moi.
Un monde où le loup n’aurait pas forcément le dernier mot.
Un monde où un maître chat pouvait faire d’un pauvre meunier un marquis.
Un monde où les enfants mal aimés voyaient leur bonté récompensée.
Je suis aujourd’hui une très vieille dame et je me souviens de ma hâte à apprendre à lire pour pouvoir déguster à l’envi ces contes que mon cher grand-père m’avait fait découvrir.

Le Petit Poucet, n’est-ce pas cet enfant mal aimé qui fait égorger par leur père quelques gamines endormies?
PHS s’égarent dans ses souvenirs… ou se donne une liberté de conteur…
Oui, pour moi en effet ces premiers mots annonçaient une aventure plus que triste et une belle fin, la morale en plus. Tout était à prendre.
Des années plus tard, d’autres morales, et maintes analyses y ont rajouté leur sens, je m’en suis emparé tout autant. Devenus archétypes les contes perdurent, moins magiques mais plus riches. Tant mieux. Même si je regrette les frissons qu’ils me procuraient étant enfant…
« Il était une fois » : sésame pour entrer dans la caverne aux trésors, convocation du génie de la lampe. D’abord entendre la formule magique prononcée par une voix aimée, aimante, en même temps qu’on voit sur la page les signes encore mystérieux où se puisent les paroles. Double magie ! Et un jour apprendre à les déchiffrer, ces signes, et alors pouvoir convoquer la magie à volonté. En effet, quel cadeau inestimable nous ont fait nos premiers conteurs, nos premières conteuses …
Ma mémoire me joue des tours, J., je n’en disconviens pas. Mais là peut-être est-ce la tienne qui m’en joue un… Sinon comment expliquer que l’ogre en vienne à égorger ses propres filles ?
Pour répondre aussi bien à la chère Irène avec qui je partage l’amour initial des contes, qu’à l’ami PHS, je dirais que l’ogre égorge ses filles parce qu’il les prend pour les petits garçons étrangers qui ne lui sont que proies. L’ogre est ogre, il reste cruel, et je crois que justement la puissance des contes c’est de poser la réalité des ogres, des marâtres et des loups, donc aussi bien de prendre acte des monstruosités du monde que de rappeler aux enfants qu’en attendant qu’ils construisent leurs propres défenses, ils sont sous la protection des parents qui disent que les ogres n’existent pas…certes les parents du petit Poucet les abandonnent ( pour ne pas les voir mourir de faim) mais l’épreuve à laquelle ils les soumettent ainsi montre aux enfants que leur intelligence est au service de leur pulsion de vie… non ce n’est pas moral que l’ogre mange ses filles ( comme il arrive ds la vraie vie hélas) mais il me semble que l’objet du conte n’est pas la morale…il ne dit pas le bien et le mal; c’est un soutien et un guide initiatique dans l’apprentissage… il invite à fuir le néant de l’angoisse et à connaître ses ressources, physiques( les bottes de 7 lieues), intellectuelles, et émotionnelles ( protection des frères et retour vers les parents) .
En même temps le lecteur jeune ou vieux n’éprouve que dégoût pour l’ogre et le conte invite à le désapprouver de toutes façons car qu’est-ce que son hospitalité prédatrice et carnassière ?,pense le jeune lecteur?