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« Pourquoi les hommes de bien sont-ils souvent dans l’adversité ? Rien ne peut arriver de mal à l’homme de bien. Les contraires ne se mélangent pas ; de même que tant de fleuves, tant de pluies tombées d’en haut, dans des sources d’eau minérale ne changent pas le goût de l’eau de mer et ne l’affaiblissent même pas, de même le choc de l’adversité ne change pas l’âme d’un homme courageux : elle garde sa contenance et à tout événement elle communique sa propre couleur ; car elle est plus puissante que toutes les choses extérieures ; je ne veux pas dire qu’elle ne les sente pas ; mais elle en triomphe, elle se dresse contre leurs assauts, au demeurant toujours calme et tranquille. Elle voit toujours dans l’adversité une épreuve (…)

Une vertu sans adversaire se flétrit. Sa grandeur, sa valeur, sa puissance paraissent quand elle montre ce qu’elle est capable de subir. Sache que les hommes de bien doivent agir de la même façon, ne pas redouter les peines et les difficultés, ne pas se plaindre du destin, approuver et tourner en bien tout ce qui leur arrive. Ce n’est pas ce qu’on supporte, mais la manière de le supporter qui est importante. »

(Sénèque, De la providence)

4 Comments

  • Pierre Hélène-Scande dit :

    Le mal qui m’atteint est-il nécessairement celui que l’on me fait ?
    Celui-là comment le supporter en homme de bien si on n’est plus vraiment soi-même ?

  • Ariane dit :

    « Elle communique sa propre couleur » « la manière de le supporter » « au demeurant toujours calme et tranquille » : ce qui me frappe dans ce passage, c’est que la force repose sur ce que je nommerais confiance en soi, assise personnelle, ou pour le dire mieux avec Spinoza « acquiescentia in se ipso » le fait d’adhérer tranquillement à soi-même. Et c’est ce qui paraît, à « l’inquiète » que je suis, un gros challenge (pour le dire en latin moderne). Ce texte amène aussi du côté de la lutte, d’une résistance que je ressens comme un tantinet volontariste. Je mets donc en contrepoint la formulation de la même idée par un autre stoïcien : « Aie à l’esprit, dans tes colères, que l’irritation n’est pas virile, que la douceur et la courtoisie sont à la fois plus humaines et plus mâles, que la force, l’énergie et le courage n’échoient pas à qui s’indigne et se fâche. » Marc Aurèle (Pensées XI,18)
    (Je renvoie les amateurs au parcours dans ces Pensées que j’ai fait pour Fragile en 2024)

  • Laure-Anne dit :

    Je ne vois pas quant à moi d’indignation ni de colère ds le texte de Senèque …du courage et du calme plutôt, et il me semble que Marc-Aurèle est bien son disciple…ds la phrase que cite Ariane je relève avec plaisir le mot «courtoisie » cette chose qui met de la douceur dans les conflits et ne claque pas la porte au nez de l’offenseur une fois pour toute…accepter que cette courtoisie ne soit pas réciproque fait partie de cette «acquiescentia in se »…ceci étant, devant une maladie douloureuse et potentiellement fatale, ce calme et cette courtoisie ne doivent-ils pas s’effacer devant une attitude de lutteur en colère ?

  • jacqueline L'heveder dit :

    Le courage des « hommes de bien » , la sérénité devant « l’adversité », l’adversaire, l’importance de « la manière de supporter », sont autant d’enrichissements autres..
    Cela résonne dans mon vécu, actuel et passé.
    Que Sénèque, sa sagesse, y soient les bienvenus.

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