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Pour Boualem SANSAL et Kamel DAOUD, peut-être a- t-il fallu aussi louvoyer quelque temps mais désormais c’est fini ! En réalité, ils revendiquent aujourd’hui pleinement leur statut d’hommes libres aspirant à vivre libres dans une République Algérienne qui se prétend démocratique et populaire mais où leur sécurité et leur liberté de pensée ne sont pas garanties. C’est pourquoi, ils ont dû s’exiler. Alors oui, il faut les lire et continuer à se battre pour la libération de notre compatriote Boualem SANSAL. Il est des nôtres.

Avant de la connaître la prison, Boualem SANSAL l’a approché dans son roman publié en 2000, « L’enfant fou de l’Arbre creux ». Au fil d’un puzzle savamment composé, il nous raconte l’itinéraire de Pierre. Français, né en 1958 dans la plaine de Tiaret au sud-est d’Oran, Pierre CHAUMET a ensuite grandi à Avallon dans l’Yonne et a décidé à l’approche de la quarantaine de monter un juteux commerce en Algérie, en même temps que partir sur les traces de sa lignée. « Je suis un homme d’affaire aux aguets. J’ai besoin de roupies pour me refaire. Je me suis laisser dire qu’à Alger on les ramasse à la pelle si on frappe à la bonne porte avec une patte blanche. Je saurai le faire… Le gouvernement d’Alger cherche désespérément des mécènes pour porter ses promesses. Je sais mentir comme pas un… Je suis partant. »

Avalons ce postulat de départ pour découvrir, perle après perle, ce que furent les premiers mois de vie et, avant, ceux de gestation du personnage principal, aussi tourmentés que l’histoire des départements français d’Alger, d’Oran et de Constantine à la même époque. Nous aurons au bout non pas un magnifique collier mais une chaîne de condamné bien lourde à porter.

En effet rapidement emprisonné, parce que Français, pour suspicion d’activités hostiles à l’Etat algérien, Pierre partage sa cellule avec Farid, vrai meurtrier lui. « C’est Alger, on te sort aussi facilement de tôle qu’on t’y jette. » A l’instar des contes des mille et une nuits égrenés pour échapper au pire, le partage de leurs histoires et leurs souvenirs respectifs verra Pierre découvrir, petit à petit, qu’il n’est pas le fils de Jean et Marie-Madeleine mais celui d’Omar et Aïcha et que l’entrecroisement des filiations– réelle et adoptive– tient aux cruelles vicissitudes et trahisons internes à la guerre de libération.

Et Pierre de se demander inlassablement : « Qu’ai-je à voir avec cette guerre qui voulait libérer les uns au détriment des autres et vice versa… ? Qu’ai-je à voir avec ces gens, leurs histoires de colonisés, de colonisateurs, leurs héros, leurs serments, leurs slogans … ? »

Et tous, d’en prendre pour leurs grades : « –Ya zebi, vous les Français, vous êtes drôles, on vous prendrait presque pour des saints. Vous nous avez enculés pendant un siècle et demi et maintenant, les mains dans les poche, vous nous demandez pourquoi on marche de travers. » Ou encore : « Le monde entier le sait, l’intelligence est né avec les Arabes mais… ils sont les derniers à s’en servir. » Les autres ne l’entendent pas de cette oreille et ont tous « des morts à venger, des crapules à tuer et d’honnêtes gens à alerter avant qu’il ne soit trop tard. »

L’Algérie que nous décrit Sansal est repoussante : « Vivre sous les soleils d’Allah et la dictature des nains était au-dessus de nos forces. » Cela n’empêche pas Pierre, dialoguant avec Farid, d’interroger son identité : « –Si j’étais algérien, est-ce que comme vous tous, les Têtes Noires, y compris le président et son imam particulier, je passerais mon temps à rêver foutre le camp et devenir le jour-même français, anglais, suisse, voire lapon chez les Grecs… ? –Tu n’y couperas pas. –Alors je vais vite me sentir algérien pour retourner chez moi. »

Propos prémonitoires, la fuite semble là-bas la seule perspective d’avenir ! Reste à savoir si Farid et Pierre réussiront à quitter leur cellule…

Marc Bécret

Marc Bécret

Marc BECRET se définit comme un homme ordinaire qui cherche à échapper à la médiocrité. Né à la fin des années 50 du XXème siècle, il entame la dernière partie de son existence. Il aime à dire que la vie n’est que le long apprentissage du renoncement à la vie et songe souvent à l’affirmation attribuée à Georges BATAILLE selon laquelle il faut regarder venir la mort les yeux dans les yeux et l’accueillir comme une ultime jouissance. La littérature constitue l’une de ses béquilles existentielles mais il hésite à écrire de peur de rajouter de la banalité à la banalité et n’a donc jamais publié.

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