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Valéry Molet nous a proposé l’incipit de son roman intitulé  La pâture des vers. Qu’inspire-t-il aux lecteurs de Fragile?

 

Les adultes meurent tous en beauté. Les enfants, même quand leur suicide réussit, demeurent des perdants comme si leur mort, toujours mystérieuse, ne valait pas, celle explicable, des adultes. La nuit incalculable des jeunes ne vaut rien devant le décès compréhensible des plus vieux. Je viens d’une famille qui aurait dû rester une famille de ratés. Une partie a échappé à sa destinée. A quatorze ans, je ne savais pas qui était Bossuet. Comment un futur raté pourrait d’ailleurs le connaître ? Je ne savais pas quel immense écrivain il était et les raisons pour lesquelles son oeuvre pouvait pousser au suicide. A quatorze ans, je ne savais à peu près rien bien que j’eusse le sentiment à la fois vif et diffus de l’indifférence de l’univers envers nous, les hommes. Lorsque les boites de médicaments furent ouvertes et que j’en avalai le contenu – sans trop savoir pourquoi -, Bossuet était pour moi une référence aussi fascinante que l’histoire des coléoptères à travers les siècles. L’histoire tragi-comique que je vais raconter ne fait en somme qu’illustrer cette indifférence dont les hommes cimentent les particules diverses en additionnant leurs minuscules singularités.
A l’âge que j’avais, on ne sait rien du fait que la vie – riche en promesses – est pauvre en effets. A cet âge, il n’y a ni promesses ni effets pour qui pénètre le périmètre de l’indifférence, pas à pas, comme un petit merdeux qui tiendrait la vérité pour une dynamique et non pour une rigolade.

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