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Irrigation du regard

« Car tout en moi sait que je parle toujours la même langue (celle qui me « parle », me fait en parlant, en s’exprimant) » Lorand Gaspar, Approche de la parole, Paris, Gallimard, 1978

Toujours la même langue pour décrire une image, une photo, un paysage, un vécu, une observation, un n’importe quoi. Moi, l’assoiffée, les mots m’ont toujours manqué, pour rendre compte du débordement des perceptions, des sensations, de la globalité du regard.

La langue qui me parle est celle du détail, des ondes qu’il provoque. Ondes de choc, ondelettes, vagues marines qui vont et viennent, abandon et plénitude.

Le détail qui me parle, image nette, claire, surface de l’eau, miroir bleu. Éphémère aussi. Des branches s’échappent des profondeurs pour saisir ce qui reste de lumière.

Le vent ne souffle pas encore, les reflets sont nets même s’ils sont formés de petites lignes brisées. Le contour des formes est là et le tout constitue bien une autre image. Le regard embrasse ces formes symétriques qui s’élèvent tout en étant enracinées.

La surface bleue s’imbibe de ces bois secs, on dirait morts, qui prolifèrent et remplissent de traits noirs une étendue ondulante mais presque lisse.

Le vent se lève et bouscule ce regard. Même douces, ses caresses provoquent des plis, des ravages parfois. Les reflets deviennent flous, lignes brisées de plus en plus espacées jusqu’à leur disparition.

La langue qui me parle est celle des métamorphoses, disparition et changement des formes et des ombres. Les mots manquent encore pour en parler. Des reflets argentés qui se propagent. Un souffle. Une respiration.

 

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