PERSONNAGE 2 – Dans un monde entièrement normé et balisé, l’ouverture au possible disparaît. Les êtres dont les termes de représentation et d’identité sont simplifiés deviennent plus manipulables. A subsisté en particulier le désir de chacun d’exercer un certain pouvoir sur chacun. Dans ce monde-là, certains ont pris le parti de tirer des autres le meilleur ou le pire. Les hommes entrent dans des jeux de possession ou une lutte pied à pied. Il devient facile pour certains de tirer parti des défaillances des uns ou des autres ou de leur dire ce qu’ils ont le droit d’être et d’avoir ou de prétendre une main mise sur leur devenir…

PERSONNAGE 1 – Répondant à cela, une parole simple et libre qui du même coup dépasse toutes les entraves de la défense, de la domination ou même de toute subjectivité… Exister c’est psychologique. Tout le monde n’y croit pas ou pas au même degré. Au terme de l’identification de soi, on prend la mesure de son existence. La conviction en la vie trouve des termes de reconnaissance de soi et des autres qui vainquent les défaillances de la représentation. À des engagements différents, correspondent des types de langages différents. Soit un langage d’usage, soit une langue qui fait apparaître et même être en nommant.

Si les mots disparaissent, plus rien n’existe. D’abord il y a encore des mots mais les choses ont tellement changé qu’on ne comprend plus le sens des mots. On leur cherche un sens nouveau.

PERSONNAGE 2 – L’amitié, l’amour, révélateurs de vérité, mettent en suspens l’arbitraire de la subjectivité et les faux- semblants des relations sociales.

PERSONNAGE 1 – (Il joue le personnage puis le commente ) Untel se dit : Je ne suis pas membre actif de la société, du même coup je me demande si je le suis même de la vie. Celui qui est en retrait de tous les usages sociaux est justement celui qui ouvre à des possibilités nouvelles et insoupçonnées. Pensant à voix haute, il parle tout seul. Ce qui se passe dans le monde intérieur a plus de contenu et d’étendue que ce qui est parlé ou échangé avec les autres. Là s’ouvre la possibilité d’une parole nouvelle, où aussi ce qui a été rêvé peut devenir réalité.

PERSONNAGE 2 – Ce monde largement balisé laisse une ouverture possible sur une totale originalité. C’est en face de ce monde sans précédent que l’ancien langage devient inadapté et que nous sommes en attente d’un nouveau.

PERSONNAGE 1 – La Terre peut retentir d’un langage inouï et insoupçonné ; s’ouvrir d’univers imprévus et nouveaux, découvrir que nous sommes de retour au pays des hommes qui parlent le langage des hommes…

Dans un premier temps sentiments authentiques et langue nouvelle sont écartés comme inopportuns pour la société, contraires à son développement habituel, la mettant en danger. Ensuite une place leur est reconnue. Ces sentiments et cette langue ne deviennent pas loi unique mais une perspective ou un éclairage. Ce qu’ils étaient déjà mais nous l’avions parfois oublié. Ils sont ceux d’une conscience retrouvée ou trouvée.

Dans un langage nouveau, tous les termes d’existence pourraient être changés. Dans le renouvellement des mots et des choses, l’ensemble des conventions se dénoue et se renoue de manière imprévue.

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