Lorsque j’étais enfant, ma mère levant les yeux au ciel – sans doute pour prendre Dieu à témoin – disait à sa mère : « cette petite est inconsciente »
Je ne savais comment l’entendre.
Bien des années plus tard afin de mettre cette affaire au clair (et bien d’autres) j’entrepris une analyse je tombai en amour pour mon psy (transfert) et par ricochet amoureuse de son gourou préféré : Jacques Lacan dont tout de go j’entamai l’étude avec frénésie .
Imaginez ma sidération d’apprendre que « Dieu est inconscient »! comme moi !! mon travail d’analysant, débuté enfant, ne faisait que commencer j’ignorais alors qu’il me conduirait du divan au fauteuil et qu’ un passage à l’art ferait de moi une artiste aux oreilles qui tintent.
La citation de Lacan se trouve dans le séminaire 11 Les quatre concepts de la psychanalyse (éditions du Seuil)
« Le vrai athéisme ce n’est pas que Dieu est mort . C’est dans la connaissance que Dieu EST INCONSCIENT. »

Dieu EST INCONSCIENT et Lacan est son PROPHÈTE. En toute conscience ?
Je saisis dans ce texte l’occasion de revenir à l’acception précise du mot inconscient en psychanalyse. Dans deux passages de ce séminaire 11 Lacan explicite son interprétation de la pensée freudienne.
« L’ics de Freud n’est pas du tout l’ics romantique de la création imaginante. Il n’est pas le lieu des divinités de la nuit. (…) Le fait que Jung, relais des termes de l’ics romantique, ait été répudié par Freud, nous indique assez que la psychanalyse introduit autre chose. » (séminaire 11 chap 2 L’ics freudien et le nôtre, début section 3)
Et à la fin de cette section 3 du même chapitre, à propos de l’analyse de Freud de son oubli du nom Signorelli (cf Psychopathologie de la vie quotidienne)
« Le terme de Signor, de Herr, passe dans les dessous – le maître absolu, ai-je dit en un temps, la mort pour tout dire, est là disparue. Et aussi bien ne voyons-nous pas, là derrière, se profiler tout ce qui nécessite Freud à trouver dans les mythes de la mort du père la régulation de son désir ? Après tout, il se rencontre avec Nietzsche pour énoncer, dans son mythe à lui, que Dieu est mort. Et c’est peut être sur le fond des mêmes raisons. Car le mythe du ‘Dieu est mort’ – dont je suis pour ma part, beaucoup moins assuré, comme mythe entendez bien, que la plupart des intellectuels contemporains, ce qui n’est pas du tout une déclaration de théisme, ni de foi en la résurrection – ce mythe n’est peut être que l’abri trouvé contre la menace de castration. »
L’occasion d’un petit bain dans la parole alambiquée de Lacan – prophétisme oblige …