J’ai pris la décision de commencer un CAP boulangère en une nuit.

   C’était début juin, je venais de finir mon Master 1 de Francais Langue Étrangère et Action Humanitaire. J’étais dans un bus entre Lyon et Munich, je partais de chez une amie pour aller en voir une autre et passer quelques jours en Allemagne avec elle. Pendant ce trajet, je suis passée pas loin de Chambéry, ville où je faisais mes études. Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis absorbée à ce moment-là dans une réflexion sur mon désir ou non de continuer mes études, sur le sens de celles-ci, etc.

     Je m’étais orientée vers le FLE dans le but de pouvoir voyager. J’avais fait un an en tant qu’assistante de français dans le Nord de l’Angleterre l’année précédente et cette expérience ne m’avait pas déplu. Mais dans ma réflexion, je me suis rendue compte que je n’avais pas besoin du FLE pour voyager, puisque je le faisais déjà, et que le métier d’enseignant en lui-même ne me plaisait pas tant que cela. Prenant du recul, j’observais que j’avais choisi la voie que je considérais comme la moins mauvaise et comme celle qui avait le plus d’avantages dans la branche dans laquelle je m’étais lancée après le bac, au lieu de choisir un métier qui m’attirait vraiment. Ma scolarité et mes études supérieures s’étant toujours déroulées sans embûches, il était normal de continuer, c’était la suite logique des choses.

     Cette nuit là, j’en suis venue à la conclusion que la seule raison qui me poussait à retourner à Chambéry était mon groupe d’amies qui m’attendrait à la rentrée. Bien que je les aime beaucoup, je me suis dit que ce n’était pas une raison valable pour continuer. L’idée de faire de la boulangerie est venue très rapidement quand j’ai réfléchi à ce que je pouvais faire à la place.

    Je crois que j’ai toujours eu ça en tête, ça fait rêver la boulangerie, le bon pain chaud et les croissants le matin, c’est tout un symbole non seulement dans notre pays, mais aussi dans les pays étrangers. J’ai beaucoup voyagé, avec mes parents dans mon enfance, puis toute seule dès que j’ai eu l’âge, et je ne compte plus le nombre de fois où « le croissant » et « la baguette » ont été mentionnés quand je disais à l’étranger que j’étais française. De plus, les petits-déjeuners du dimanche matin accompagnés de viennoiseries et de pain frais ont toujours fait partie des choses simples que j’apprécie le plus au monde, alors être la créatrice de ces supports de bonheur me comble de joie. J’avais besoin d’entrer dans du concret, d’arrêter les apprentissages théoriques, d’utiliser mes mains et de sortir de la passivité des salles de classe.

     Le lendemain matin, quand le bus est arrivé à Munich, je me sentais tellement soulagée d’avoir pris cette décision que je savais que je ne reviendrais plus en arrière. Ce matin-là, j’en ai parlé aux personnes dont je suis proche. Estellanne, mon amie qui suit les péripéties de ma vie depuis la 6e, mon compagnon, Marc, qui, je le savais, me soutiendrait, et ma soeur, Fanny, qui a instantanément compris ; qui est aussi la seule personne à ne pas m’avoir suggéré de finir, d’abord, mon master. En y réfléchissant, je m’aperçois que je les ai prévenus ; je ne leur ai pas vraiment demandé leur avis.

     En quelque sorte, je prenais un engagement. Avec moi-même.

Un Commentaire

  • Anny Chautar dit :

    Manon, j’espère goûter bientôt ton pain et tes croissants ! Bel article que tu as écrit ; je t’embrasse,
    Anny

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