Fondées en 2012, les éditions de la Crypte font suite au prix du même nom, qui existait depuis 1984. Victor Malzac s’entretient avec leur fondateur, Christian Marsan.

V.M. : Comment le périple des éditions de la Crypte a-t-il commencé ?

Christian Marsan : L’année 2012 a été difficile et marquante à la fois. Tous les principaux créateurs du Prix de la Crypte ont disparu, surtout Jean Lalaude qui en était le pilier et l’âme. Face à ce désarroi, je me suis posé la question de laisser mourir le Prix, ou bien de le faire vivre. Par fidélité, je crois, j’ai décidé de le faire vivre à ma manière. Mieux, j’ai décidé de construire autour de cette crypte une architecture agrandie, souterraine mais solide, qui serait à terme une véritable maison d’édition, en réussissant à ne pas être figé dans ce qu’il y a eu. Je voulais faire autrement, y mettre ce que je suis, et cela fait maintenant huit ans, donc, que j’ai fondé les éditions de la Crypte, toujours dans les Landes, sur les ruines renaissantes du Prix fondé par Jean Lalaude, Pierre Seghers, Marie-Louise Haumont et Marcel Saint-Martin en 1984.

V.M. : Quelle est cette manière de faire autrement dont tu parles ?

Christian Marsan : Je voulais faire une maison qui serait fondée sur trois principes qui me tiennent à cœur : construire ensemble, accueillir les autres, et laisser place à la jeunesse.

Même si je n’y connaissais absolument rien, mon vœu était de faire une architecture stable, qui puisse accueillir des gens, des jeunes, et leur faire vivre ensemble cette passion commune pour la poésie. Cela passe par des lectures, des animations, un programme littéraire, un festival, des collections qui se veulent vivantes, actuelles, accueillantes aussi, et qui se pensent en « nous ». J’avais ces envies-là, mais je n’avais aucune compétence, et je crois que c’est ce qui a renforcé la Crypte. J’aime m’entourer de gens qui savent faire ce que je ne peux pas faire, c’est cela qui donne son sens au mot « ensemble ».

Il m’a fallu du temps, avec un bon lot d’expériences, de rencontres, d’essais pour comprendre ce que je devais faire, et pour donner sens à ce que j’essaie de faire encore aujourd’hui. Maintenant, je crois que mon projet initial évolue et se concrétise, sans perdre pour autant ses principes. Notre travail a désormais acquis sérieux, reconnaissance et légitimité dans le monde poétique et éditorial, qui ne cesse de croître ; avec, en plus, des poètes, jeunes pour beaucoup, qui se nourrissent chacun des paroles des autres. Je sens qu’il se passe quelque chose.

V.M. : Parle-nous des liens qui se créent au sein de la Crypte.

Christian Marsan : Dans la Crypte, ce sont autant des textes que des caractères que l’on rencontre. Ce qui me touche et que j’espérais vivre est en train de se faire sous mes yeux : je vois qu’entre nous, des liens se tissent, d’amitié, mais des liens poétiques, aussi. Ce qui est très beau, à la Crypte, c’est que les auteurs et membres de la Crypte sont là : ils s’écoutent, se parlent, se contredisent parfois, mais construisent tous ensemble. Il y a chez nous comme une proximité fraternelle, qui n’ôte rien à l’identité personnelle de chacun, au contraire. C’est davantage qu’une simple poésie. Ce sont surtout des rencontres, à vrai dire, et ça donne aux textes de nos collections toute leur force et leur nécessité.

V.M.: Comment se présentent les collections de la Crypte ?

Christian Marsan : Depuis quatre ans à peu près, nous élaborons des collections qui évoluent selon les gens qui viennent, selon les rencontres qu’on fait. On rate, on réussit parfois, on se rend compte petit à petit de ce qu’on veut faire. Nous en avons aujourd’hui quatre : une collection dédiée à des poètes d’expression française – (le pays qui grandit) – une collection bilingue de poésie contemporaine – moins les murs –, une autre qui cherche à créer un dialogue poétique entre un auteur et une œuvre – la bonne compagnie – et une dernière qui donne vie aux premiers textes de poètes jeunes, et notamment aux textes lauréats du Prix de la Crypte – la collection Jean Lalaude – du nom de celui qui créa la maison d’édition.

V.M.: En termes de poésie, d’attentes et de textes, que recherche la Crypte ?

Christian Marsan : La Crypte, c’est un endroit où se réunissent les gens, où ils peuvent assumer qui ils sont et ce qu’ils ont besoin de dire. Je ne me risquerai pas à définir une ligne éditoriale, et je pense d’ailleurs qu’il n’y en a pas ; nous sommes ouverts à toutes les façons de faire, et nos livres le prouvent.

Cela dit, ce qui me touche, et ce qui fait sens au travers de la Crypte, c’est que ce sont des textes dans lesquels on sent qu’il y a quelqu’un derrière. Des textes dans lesquels il y a quelqu’un. J’ai besoin de sentir le texte de quelqu’un, sa force, j’ai besoin que le texte que je lis fasse de la place à l’autre et m’implique, me prenne dans son souffle, requière ma présence, voire m’oblige à me perdre en lui.

Pour faire simple, disons que nous cherchons des textes dans lesquels s’incarne une émotion, que celle-ci soit immédiate ou non, mais qui passe toujours par un travail de la langue qui soit le plus juste et le plus sincère possible. Nous cherchons des textes incarnés, bouleversants ; mais à vrai dire, on n’est jamais sûr de rien, on tâtonne et on apprend : c’est cela qui rend le tout passionnant !

 

(copyright photos La Crypte)

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