Portulans

 

En hiver les arbres écrivent

à l’encre de Chine sur le ciel

Les uns racontent

la multiplication fractale

de la poussée originelle

Les autres dressent bien haut

des hampes maigrelettes

en consentant d’avance à l’écrêtage

D’autres encore tracent soigneusement

de vastes réseaux hydrographiques

où les grands fleuves se rejoignent

en un seul estuaire

 

Bien avant que nos ondes parcourent l’espace

les arbres ont tissé dans le ciel

des réseaux rassurants

un entrelacs d’antennes

où les conversations s’échangent

en silence

 

Parfois

vers le soir

ou dans l’aube tardive

les pages s’animent de rose

comme un corps caressé

qui devient déchiffrable

 

Le plus souvent

sur l’écran transparent de l’hiver

c’est la radiographie de nos artères, artérioles et capillaires

que les arbres projettent

Ils ne s’embarrassent pas de paroles inutiles

vont droit à l’essentiel

à cette pulsation commune du sang et de la sève

qui nous irrigue et nous charpente

 

Et l’air a beau être tranchant comme la glace

nous nous sentons alors plus accordés

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