« Par une froide journée d’hiver, un troupeau de porcs-épics s’était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur.

Mais aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s’éloigner les uns des autres.

Quand le besoin de se réchauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de façon qu’ils étaient ballottés de çà et de là, jusqu’à ce qu’ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendît la situation supportable.

Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur propre intérieur, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses qualités repoussantes et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau.

La distance moyenne qu’ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c’est la politesse et les belles manières.

Par ce moyen, le besoin de chauffage mutuel n’est, à la vérité, satisfait qu’à moitié, mais en revanche on ne ressent pas la blessure des piquants.

Celui-là cependant qui possède beaucoup de calorique propre, préfère rester en dehors de la société pour n’éprouver ni ne causer de peine. »

Schopenhauer (Parerga et paralipomena)

L’homme est un animal politique et le porc-épic a un certain sens civique. Il pratique la politesse de l’élastique.

Mais si le porc-épic est mélancolique (ou romantique façon Confession d’un enfant du siècle*), y a un hic. Car alors, illogique, le loustic ne recherche la proximité de l’autre porc-épic que s’il n’est pas trop mal dans sa peau qui pique.

Autre différence avec un porc-épic typique : ses piquants, le porc-épic mélancolique les porte à l’intérieur. Se met-il en boule devant la réalité polémique, la situation du porc-épic devient fort épique.

Dans ce cas pas de panique, y a un truc qui tombe à pic, un atout philosophique. À défaut de chauffage électrique, le porc-épic peut se munir d’un calorique propre.

Un tel calorique peut produire un rayonnement mirifique, capable de réchauffer des colonies entières de porcs-épics.

Ainsi le calorique héroïque et poétique d’un porc-épic drôle de type nommé Friedric.

« Dans le coin ensoleillé de mon mont des oliviers je chante et me moque de toute compassion. Ainsi chantait Zarathoustra.»

« Les unes vêtues de blanc comme des fiancées, les autres vêtus de noir comme des orphelins … »  (Ah Musset ….)

http://leblogdarianebeth.blogspirit.com/

 

 

 

 

 

 

 

Image par elizadiamonds de Pixabay

4 Commentaires

  • jean-marie dit :

    «  Balance ton porc-épic » ?
    Je ne suis pas sûr , Frédéric, que ton maître Arthur acquiescerait à ce slogan provocateur… ..Mais je ne me pique pas de m’y connaître assez…

  • Ariane Beth dit :

    Nietzsche a détesté la compassion à son égard, mais en a fait preuve pour sa part envers d’autres … à distance porc-épiquienne cependant.
    De fait, de Nietzsche ou de Schopenhauer je ne suis certes pas spécialiste, juste j’aime les lire (et du coup j’essaie de les lire au plus juste). Et ensuite « Je dis ce que j’en sens ». Comme dit mon maître à moi, un certain philosophe gascon.
    Et je suis bien contente de trouver lecteurs qui y fassent écho.

  • Laure-Anne Fillias-Bensussan dit :

    Il est n’en doutons pas quelques porcs épics atypiques qui ne répugneraient pas à partager un peu de leur calorifique, dont il est sans doute un leurre de croire qu’il est 100% autogénéré sans le concours de congénères, si équipés de piquants soient-ils!
    Si Arthur avait pratiqué un peu de théâtre il verrait qu’avec chacun sa bulle, légère, mobile, de volume variable, on réussit d’assez beaux équilibres thermiques sans se déchirer de piquants. C’est une autre forme de la politesse…

    • Ariane Beth dit :

      Oui d’accord avec ces précisions. Pour que s’allume en soi un calorique, c’est qu’on a été atteint par une étincelle venue d’autrui.
      Quant à opter pour la bulle ludique et légère ou la lourde carapace de piquants phobiques, c’est affaire aussi, sans doute, plus que de tempérament, d’histoire, de chance dans les rencontres.

Laisser un Commentaire