PERSONNAGE 2 – M’étant éloigné de la conversation des hommes, je revins. Les hommes ne disaient plus rien.

PERSONNAGE 1 – Apparemment les hommes parlent encore entre eux mais ils ne se disent plus rien.

PERSONNAGE 2 – Nous pouvons parler ensemble. Certains, tu ne peux pas parler avec eux.

PERSONNAGE 1 – Cette société donne l’illusion que tout le monde mérite tout et qu’une part importante de ce qui nous était promis nous a été dérobée. Les expectatives différentes que chacun met dans la vie, à quel degré il situe son attente, à quel point il est comblé ou déçu. La conscience se diversifie et se disperse dans diverses expectatives et identifications sociales justes ou illusoires. Cela devient des consciences entièrement différentes, parfois à peine identifiables l’une par l’autre ou relatives. En général la compréhension de soi et des autres n’est pas tellement fausse que parcellaire. D’où les identités de substitution que chacun forge ou rencontre pour lui ou pour les autres. On y perd ou on y retrouve une part de son identité. On ne réalise pas certaines attentes, on en réalise d’autres. Certains veulent oublier tout ce qu’ils ont été d’autre parce qu’ils y ont renoncé.

Quelques personnes sont au fait de qui elles sont et de qui sont les autres mais cela reste une minorité. A défaut de se reconnaître eux-mêmes et les autres, les gens produisent des représentations illusoires. Ceux qui, faute d’être au fait de leur identité réelle et de celle des autres, élaborent toutes sortes d’identités interchangeables et fictives.

PERSONNAGE 2 – Untel déçoit votre attente. On se refait autrement avec d’autres.

PERSONNAGE 1 – Tous les projets que nous avions eus, ceux que nous avons réalisés et ceux qui n’avaient jamais vu le jour, les amours que nous avions vécues et celles que nous n’avions pas vécues, les hommes eux-mêmes et le monde lui-même, tout ça n’avait finalement aucune importance ni aucune raison particulière d’exister.

Nous sommes désespérés parce que nous ne réaliserons pas tout ce que nous espérons. Dès qu’on est pourvu d’un peu de conscience, toute vie humaine est confrontée au désespoir. Pour certains ou pour beaucoup, existe le besoin d’entretenir l’illusion que le désespoir n’existe pas.

Mais le désespoir indique les limites et la possibilité de l’espoir… Les hommes ne savent plus me parler.

PERSONNAGE 2 – Les hommes ne savent plus se parler entre eux.

PERSONNAGE 1 – S’ils parlent encore c’est dans un langage normé et convenu qui ne veut presque plus rien dire.

CLOWN 1 – Moi c’est autre chose, tout ce que je dis l’est toujours dans le meilleur sens du terme.

CLOWN 2 – Tout ce que j’écris l’est toujours dans le meilleur sens du mot.

CLOWN 1 – Maintenant il va falloir que tu retournes chez les hommes.

CLOWN 2 – Je ne veux pas. Les hommes ne parlent presque plus et ne s’amusent plus assez.

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