ET TES MAINS QUI TRADUISENT LE VIDE

j’hésite entre le coucher du soleil et un thriller psychologique
j’hésite entre hurler à la lune et nous faire l’amour
j’hésite entre la pendaison et la poésie
la nuit
je manque de fiabilité

j’hésite entre partir en vacances et faire de mon existence
une métaphore de la liberté
je n’ai ni besoin d’océan ni de montagne
je n’ai ni besoin de retrouver les miens ni de tisser des liens
pourtant
je crois que cela me ferait plaisir
mais peut-être que tout ce qui colle un supplément de vie
ne se programme pas
le fond et la forme sont des bonus de l’instant
aussi
« je pars en vacances »
à chaque fois que je mets un pied hors de moi
dans la rue ou dans un champ
dans un bar ou dans un théâtre
dans tes bras ou dans mes rêves

j’hésite entre me conformer et confirmer être de ceux
qui doutent en continue
c’est un bon mois pour d’aoûter
et puis faire un pas en avant et trois en arrière
n’est-ce pas ce qu’on appelle
« danser »?
je n’ai pas besoin d’être celui qui guide
je n’ai pas envie d’être celle qui suit
pourquoi faut-il toujours établir un rapport de force
jusqu’au cœur de la beauté?
j’hésite entre la fièvre de vivre et la fatigue d’être
regarde :
des fois même les coquelicots courbent l’échine
et le soleil qui s’en fout
et tes mains qui traduisent le vide

j’hésite entre jouer cartes sur table et me taire à jamais
le vide est beau entre tes mimines
peut-être ne faut-il rien demander de plus à la vie
que ce qu’on peut créer soi-même
ce qui émane d’énergies d’un coup pour rien

et ce poème qui traduit que dalle.

À PART ÇA TOUT VA BIEN

du poppers chez ton buraliste
du CBD à côté des e-liquides goût coca
de l’éthanol dans ton caddie
ce qu’il faut
de défonce légale
pour supporter l’ordinaire

le cul entre deux chaises
pas de quoi vibrer
pas de quoi crever
non plus
l’émotion en veille
l’inconscient en sous-titre
qui gueule
« état d’urgence »
mais tu t’en branles parce que premièrement
le sous-titre est en mandarin
que deuxièmement jouir est la seule manière
que t’as trouvée
pour te sentir encore vivant
même si les sentiments sont absents
même si c’est tout seul
et sans bruit

du stillnox sous ton oreiller
du prozac dans tes cornflakes
des anxiolytiques dans la boîte à gants
de ta bagnole cabossée
par un autre junkie au rabais
il t’avait pas vu

ça fait si longtemps que rien ne t’a touché
ni le cœur ni le cul
que tu visualises plus à quoi ressemble
un frisson
de toute façon t’as plus les moyens de vivre
juste de quoi exister
payé à faire semblant
payé à croire que pas te faire dégager
équivaut à un merci
payé juste de quoi boucler tes fins de mois
juste de quoi respecter la loi
juste de quoi ligaturer ta foi
payé à t’excuser d’être là mais à pas te casser
d’ici où il fait bon vivre
pour la bonne et simple raison
qu’il y a pire

ménager la chèvre et le chou
sous le sourire
la rage
qui monte qui monte
qui retombe comme un soufflé
à part ça tout va bien

on dirait qu’on se parlerait
qu’on s’écouterait
on dirait qu’on poufferait
qu’on chialerait
on dirait qu’on s’aimerait
sans ego

(parce que le reste, c’est du pipeau)

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Myriam OH (Ould-Hamouda) évolue avec le cœur dans les domaines du social et de l’artistique y trouvant de précieux outils pour planter des graines, qui donneront des plantes et des fruits différents selon le parcours de vie de celui qui les accueille. Dans son écriture, l’oralité a une place primordiale et, outre ses publications dans des revues et l’animation d’ateliers d’écriture, c’est en donnant vie à ses mots par la voix et par le corps, en collaborant notamment avec des artistes de tous bords, qu’elle vibre au plus haut. 
Facebook : https://www.facebook.com/oh.myriam/ – Instagram : @oh_myriam 

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