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Meursault, contre-enquête
de
Kamel Daoud
(2013)

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Le narrateur s’adresse à quelqu’un qu’il tutoie. Il lui parle de son frère, Moussa. Très vite, le lecteur comprend que ce dernier est le personnage assassiné par Meursault dans L’Etranger de Camus.

A la fin on comprend que l’interlocuteur n’est pas le lecteur, mais quelqu’un qui, préparant une thèse en Lettres, est là pour écouter le narrateur parler de son frère. C’est donc la figure d’un lecteur attentif et qui veut dégager l’implicite, fouiller le non-dit.

A la fin on comprend que le narrateur, qui a tué lui aussi, non un Arabe comme dans le roman de Camus, mais un Français, se comprend comme vivant ce qu’a vécu Meursault.

Le narrateur un vieil homme qui toute sa vie a vécu dans le monde issu d’un roman qu’il n’a pas écrit, et qu’il intitule L’Autre.

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3 Comments

  • Laure-Anne dit :

    L’autre, qui devrait être infiniment objet de nos contre enquêtes ,sans charge ni décharge, mais en-quete de l’humain…

  • Simone Bonnafous dit :

    Lire « Meursault contre enquête », ce fut d’abord pour moi réaliser « l’aveuglement  » (sans jeu de mot) de ma première réception de ce roman encensé que fut « l’Etranger ».
    J’ai récemment 1) vu le film d’Ozon 2) relu le livre de Camus et 3) lu le livre de Daoud. Et je conseille à tous, si ce n’est déjà fait, de procéder dans cet ordre.
    Le film est très réussi et très fidèle au roman, roman magnifique, certes…mais qui est une illustration parfaite de ce qu’est le racisme, à savoir la catégorisation de l’Autre dans un tout indifférencié, dont aucune individualité n’émerge, l’Arabe en étant ici la figure emblématique, celui qui n’a pas droit au nom « propre ».
    Que nous disait-on de ce livre – dont j’ai retrouvé dans ma bibliothèque trois exemplaires, celui de ma mère, celui de ma fille et le mien (c’est dire s’il fait partie des Classiques !), quand nous l’étudions en classe ? Rien de tel assurément et lire Daoud, c’est regarder son premier regard et en avoir honte.

    • Laure-Anne Fillias-Bensussan dit :

      On n’a pas trop besoin de dire, de souligner : n’était-il pas évident, dans cette scène initiale du meurtre de « l’Arabe », que jusqu’à la fin, le meurtrier, le narrateur, et le lecteur laissent dans le néant de l’anonymat, que ce meurtre commis sous l’effet d’une peur irrationnelle, d’une angoisse existentielle expose deux mondes pas si différents mais séparés par le silence et la peur ?
      J’ai eu une prof qui a souligné ce racisme, et son lien consubstantiel avec toute peur de l’Autre et solipsisme angoissé … mais j’avais tout bien compris moi-même au point d’être agacée par son insistance militante.
      Silence+ peur = haine = banalisation en racisme.
      Réversible à l’envi.
      Etait-ce parce que je venais de cette terre-là et avais connu toute petite, et le racisme des « métropolitains », et les terreurs de cette sale guerre, que cette équation m’est apparue délibérément patente dans le texte, et inséparable de son lien ontologique avec la peur de l’Autre, lien qui, plus souvent, plus clairement établi aiderait peut-être mieux au combat anti-racisme-xénophobie-antisémitisme que les slogans et la colère aveugle ?
      Je n’ai pas lu cette contre-enquête de Daoud, qui est aussi peut raciste que Camus, mais vais le faire avec grand intérêt. Merci Simone,d’avoir levé ce lièvre…

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