Le collectif de Fragile nous a envoyés à la recherche de l’incipit qui nous toucherait tout particulièrement, nous prendrait la main et le cœur pour nous entraîner dans son univers.Ainsi fut fait. J’ai bouleversé ma bibliothèque et je suis tombée sur cette phrase par laquelle débute Anna Karénine de Léon Tolstoï ‘: »Toutes les familles heureuses se ressemblent, chaque famille malheureuse l’est à sa façon. «Ce livre, que j’avais découvert à 20ans , m’a happée à nouveau et je n’ai pu le lâcher.Est-ce grâce à l’écriture si fluide de Tolstoï, ses personnages attachants et agaçants à la fois avec leurs qualités et leurs faiblesses, l’analyse détaillée d’une société si proche de sa fin, société dont l’auteur faisait partie, étant lui-même comte et grand propriétaire terrien.J’ai compris que ce n’était pas Anna Karénine, la femme adultère qui assume, face à la bonne société, son amour pour Vronski qui me fascinait, mais l’auteur lui-même et son double Levine.A la fin du livre j’ai souhaité en savoir plus sur Tolstoï.
Etait-il un homme heureux, amoureux, satisfait de sa vie et de sa réussite littéraire ?J’ai découvert un homme tourmenté, hyper sensible, un angoissé qui souhaitait par dessus tout être heureux , dans une nature qui saurait le combler de ses bienfaits.Orphelin très jeune, ses frères le surnommaient : le pleurnicheur. Il faisait de lui une description sans concession : »Je suis laid, gauche, malpropre et sans vernis mondain.Je suis irritable, désagréable pour les autres, prétentieux, intolérant et timide comme un enfant. «Il épousa une jeune fille de 16 ans sa cadette: Sophie Behrs. Il l’aima passionnément mais ne lui offrit pas l’existence paisible dont elle rêvait .Elle développa une jalousie morbide même à l’égard de ses enfants et Tolstoï, excédé, finit par la quitter.Il savait donc ce qu’était une famille malheureuse. Son incipit n’était pas anodin.Toutefois, je pense que les familles heureuses ne se ressemblent pas forcément. Chacune construit son bonheur à sa façon. L’idéal étant de trouver la ou le partenaire qui partage ses valeurs, sa conception de la vie.Du coup voici ce que serait mon incipit, en lien avec l’épilogue du roman :« Que les familles soient heureuses ou malheureuses, elles le sont chacune à leur façon. »Merci Tolstoï.
