Artiste d’une trentaine d’années, Léo Jolly a fait l’école du Paysage à Versailles. Comme trois autres artistes, il part à la fin du mois pour quatre semaines sur un bateau pris dans les glaces arctiques, cela grâce à l’association des Amis du Manguier. Voici ses réponses à quelques questions que lui pose la revue Fragile.

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Qu’est-ce qui a suscité votre envie dans ce projet de résidence dans les glaces ?

Partez-vous avec l’idée que vous allez apprendre quelque chose là-bas ?

En 2019, j’ai découvert les livres de laventurier Mike Horn et cela a été le déclic  ! A travers son regard, je découvert la beauté de l’Arctique  ; la mélodie des blocs de glace qui sentrechoquent, l’échelle démesurée des paysages, ses rencontres avec les ours polaires et les populations Inuits. Participer à la résidence «  Artistes en Arctique  » avait tout pour me convaincre : lexploration , lart et les rencontres humaines ! Un cocktail qui réunit mes trois passions !

Etant aventurier-illustrateur, jai toujours été passionné par les communautés les plus reculées au monde et le lien qui les unit à leur environnement. Vivre dans un milieu polaire, c’est adapter son mode de vie à la nature et transformer les contraintes de l’environnement en avantages. Je suis curieux de comprendre comment la vie peut sinstaller sur ces terres hostiles et découvrir la magie de l’univers blanc ! Comme le dit Edward Abbey, dans son livre Désert solitaire, “L’étrangeté et l’émerveillement de l’existence sont soulignés ici, dans le désert, par la rareté relative de la flore et de la faune: la vie n’est pas entassée comme ailleurs, mais dispersée avec parcimonie et simplicité dans un espace généreux

En Bolivie, j’ai compris que la préparation à une expédition doit surtout être mentale  !

En 2016, je suis parti dans le désert de sel d’Uyuni situé en Bolivie à la rencontre des populations Aymara. Pendant 5 mois, j’ai partagé leur vie quotidienne. Pourtant, c’est seulement quelques jours avant le départ que j’ai découvert le fondement de leur culture  ; l’importance du monde spirituelle, des rêves et des légendes; Pendant 5 mois, je n’avais rien compris ! Cette rencontre m’a montré que je n’avais pas été préparé à apprendre.

Depuis cette expérience, je réalise un travail mental avant chaque départ  : Je désapprends tout ce que jai appris et je remets en cause mes certitudes pour pouvoir accepter une autre réalité du monde. C’est aussi une sécurité. C’est ma manière d’intégrer que je quitte le confort occidental pour me soumettre à la loi de la nature avec ses moments d’émerveillement mais aussi de danger. Dans les milieux extrêmes, une simple erreur peut devenir fatale.

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Attendez-vous quelque chose de la fréquentation de vos co-résidents ? Imaginez-vous que puisse s’instaurer une forme de collaboration ?

J’imagine mon rôle d’aventurier-illustrateur comme celui d’un interprète. Je souhaite tisser un lien entre deux langues, deux peuples et deux environnements, entre le Groenland et la France. J’ai toujours aimé l’idée de pouvoir construire un projet à plusieurs mains en croisant plusieurs disciplines. Dans la collaboration, j’apprécie surtout l’idée de devoir abandonner ces certitudes et convictions pour plonger vers l’inconnu. C’est privilégier la rencontre humaine au résultat final. En Arctique, mon projet artistique prend en compte la participation des 70 habitants du village d’Akunnaaq.

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Avez-vous des inquiétudes, des peurs, ou les super-pouvoirs dont vous êtes doué excluent-ils par avance toute incertitude ?

«  Si ton rêve ne te fait pas assez peur, c’est qu’il n’est pas assez grand  » Cette citation de l’aventurier Mike Horn a complètement changé ma vision de la peur. Pendant plusieurs années, j’ai appris à accepter le stress et à l’intégrer dans ma vie quotidienne. Chaque jour, je me demande comment je peux dépasser ma zone de confort en me proposant de nouveaux défis. Je vois la peur comme un indicateur d’un apprentissage imminent et le signe que je suis sur le point de dépasser ma zone de confort. C’est ce qui me rend heureux ! Chaque jour, je deviens une meilleure version de moi-même.

Oui, J’ai peur.

Oui, Je suis inquiet.

Mais s’il y avait un super-pouvoir à développer, je pense que l’audace serait l’un d’eux. C’est le pouvoir de transformer la peur et l’inquiétude en action.

Lire Cap sur l’Arctique!

Un commentaire

  • Bal dit :

    J’adore vraiment cette manière d’artiste que je connais bien. Quelle énergie nous faut-il pour éviter tous ces pièges à conditionnement ! Bravo pour le courage, la curiosité et la beauté.

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