IRM/ACARA

 

Je vois mon avatar allongé sur la table. Je sais que je dois m’identifier à ce substitut de mon corps et entrer dans la machine. Quelle machine me direz vous ? Où avais-je la tête ? Il s’agit de l’entrée dans une IRM simulée par une video numérique. On n’arrête pas le progrès ! Oui, comme je suis claustrophobe, je dois essayer cette thérapie et me confronter à cet appareil imaginaire pour pouvoir me mesurer au vrai, dans le réel.

J’ai enfilé mon casque de simulation virtuelle comme pour aller à la guerre, à l’assaut de l’appareil. Une fois paré, je me vois allongé, prêt à entrer dans le monstre. C’est une première, je ne suis pas tranquille. Par bonheur, un médecin est là qui m’accompagne dans cette épreuve. « Comment allez vous dit-elle ?— Pas très bien. Je suis stressé. —Si vous deviez évaluer votre anxiété sur une échelle de 1 à 100 où vous situeriez vous ? —J’ai du mal à trouver mon échelon disons, dis-je, 70—Oh la la ! C’est beaucoup trop, vous n’allez pas pouvoir entrer dans l’appareil!—Ah bon tant mieux. Qu’est ce qu’on fait alors ? —On pratique la respiration ventrale.

Je m’exécute docilement. Ensuite, le docteur reprend la parole : « On révise les méthodes ?  (Pourquoi pas ? mais les méthodes, j’ai du mal à les retenir parce que je n’arrive pas à y croire, me dis-je en mon for intérieur). ACARA vous vous rappelez ? —Oui ça me revient. Alors le premier A, récitai-je en bon élève, on accepte l’anxiété et on lâche prise.—Oui continuez. —Ensuite C, on contemple l’anxiété » Là j’ai vraiment du mal à la contempler cette anxiété. On est loin des contemplations hugoliennes quand même. ACARA, ils y vont fort, je trouve. Bon, allons y, à la guerre comme à la guerre, j’évalue mon anxiété en considérant qu’elle n’est pas infinie. Je continue  sur ma lancée: « Le deuxième A c’est quoi déjà ? Ah, oui, j’agis mais lentement. » Je ne me vois pas très bien agir dans l’IRM, plutôt m’agiter (mais ce n’est pas la bonne réponse) enfin passons à la lettre suivante, le R. Oui, il faut récapituler les trois séquences précédentes. Allez, si l’on veut mais ne me demandez pas la dernière. Encore un A, ça fait beaucoup, je ne m’en souviens plus. Le médecin vient à mon secours : « Il s’agit d’attendre le meilleur »…Attendons pour voir.

L’air de rien cette révision m’a fait du bien. Comme je pense à l’acronyme, ACARA, je ne pense plus à l’autre, IRM. C’est comme un divertissement pascalien. ACARA a des raisons que la raison ne connaît pas ! Abracadabra.

« A combien êtes vous maintenant? —Je dois être à 40 dis-je (c’est le signifiant qui me guide Acara forcément à quarante.) —C’est très bien me dit le médecin nous allons pouvoir commencer. Vous êtes prêt ? 123, j’y vais. » Me voilà dans l’appareil et je constate que ce qui me paniquait c’était d’être enfermé dans un tunnel et de ne pas voir le monde extérieur mais là, je l’ai en ligne de mire ce gros œil cyclopéen qui me donne accès à la salle. Du coup, même pas mal! Je dis à la dame : « Dans le réel, je pourrai le voir le hublot ? —Pas sûr me dit-elle. Là, vous le voyez parce que vous êtes assis. On va vous allonger. » Aie! me voilà allongé sur une théorie de chaises alignées. Comme j’ai mal au dos, je ne pense pas tout de suite à l’image mais, d’un coup, elle me tombe dessus, devient oppressante et pèse comme un couvercle, énorme. Ça y est, je me sens mal. « Arrêtez ! » Je pose le casque. Cesser le feu ! Armistice. (mais ce n’est pas prévu dans les A d’ACARA )

Le docteur propose alors de me mettre sur un fauteuil à bascule dont je peux gérer l’inclinaison. Petit à petit j’arrive à accommoder mon rapport à cette créature de pierre (comme tu as un casque, on peut penser au tombeau du commandeur me souffle Molière. Oui Jean-Baptiste tu as raison mais tu ne m’aides pas avec ces comparaisons !) Bon, je me concentre sur le bruit : quelqu’un descend bruyamment les escaliers mais est-ce dans le réel de l’hôpital ou dans la fiction numérique ? Ce flottement métaleptique me plait et me permet de tenir quelques minutes sans trop de difficultés. J’entends encore quelqu’un descendre et jamais personne ne monte! Et puis où vont elles toutes ces femmes qui portent des talons hauts? Il y a un monde fou dans cet hôpital à moins que ce ne soit la même personne qui passe son temps à ces allées et venues verticales ou alors on a mis le bruit des escaliers en boucle dans la video. Je ne peux pas trancher et je n’ose pas poser cette question frivole au docteur. « C’est bon pour aujourd’hui, me dit la Faculté, vous pouvez vous lever en gardant le casque».

Je m’exécute et c’est là que je vois que mon avatar n’a pas de tête. Je m’en doutais !

 

 

 

 

10 Commentaires

  • Ariane Beth dit :

    J’apprécie fort ce jeu avec phobies & angoisses dont le rapport au corps peut nous gratifier. Et d’autant plus qu’il est, dans mon cas, corps vieillissant, à même de m’offrir un jour ou l’autre (plutôt l’autre j’espère) de nouvelles perspectives aussi riantes que celle du tunnel IRM.
    Mais bon, avec l’ACARA, ça ira.

    • André Bellatorre dit :

      Oui avec l’ACARA ça ira, en attendant ça rira, du moins je l’espère.
      Merci pour ce rebond…

  • Laure-Anne F-B dit :

    C’est très drôle et léger malgré le sujet !! L’histoire ne dit pas combien il faut de séances pour que l’ACARA soit mis à la lanterne (magique et numérique), et devienne l’ACTARAXIE !

  • Laure-Anne F-B dit :

    C’est très drôle et léger malgré le sujet !! L’histoire ne dit pas combien il faut de séances pour que l’ACARA soit mis à la lanterne (magique et numérique), et devienne l’ACTARA-XIE !

    • André Bellatorre dit :

      L’histoire ne le dit pas et cela restera secret. Ce n’est pas celuide l’isoloir mais d’une certaine façon de l’isolé.
      Merci Laure Anne en plus tu as fait coup double! C’est trop!

  • HALL 9000 dit :

    Bravo pour cette scène burlesque que Woody Allen n’aurait sûrement pas reniée dans l’un de ses films ! André, tu es bien le digne avatar des héros alléniens hypocondriaques, incarnés par le maître en personne – comment ne pas penser au Mikey de Hannah et ses soeurs, « plus pâle que la mort » lorsqu’il pénètre dans un scanner, persuadé – je cite – d' »avoir dans la tête une tumeur aussi grosse qu’un ballon de basket ». D’Allen à Allien, il n’y a qu’un « i » ! Car cette brève fiction a de faux airs de science-fiction – rien à voir avec Woody avec les robots cependant ! – dans la mesure où tu pénètres (virtuellement) dans l’IRM comme un cosmonaute entre dans une capsule. Non pas pour hiberner mais pour te mesurer au « monstre » tel le lieutenant Ripley !

    • André Bellatorre dit :

      Allen Allien, burlesque ou épouvante, un i change tout!. Du coup on ne sait plus quel registre adopter mais cet entre deux me convient.

  • Dorio dit :

    J’ai longtemps cherché une entrée dans cette machine où il faut feindre d’entrer casqué avec une tête d’avatar. J’y avais renoncé quand une de mes lectures m’a donné cette clef :

    « Tu as dans les bras un corps chaud
    Plein d’entrain et de certitude
    Mais il est sans tête
    Alors tu appuies tes lèvres à en fermer les yeux
    Sur ce corps
    Et quand tu les ouvres il a sa tête
    Te voici un beau souvenir aux yeux bleus »

    Pierre-Albert Birot
    « La panthère noire »
    Poème en 50 anneaux
    et 50 chaînons

  • Sophie Chambon dit :

    Acara, faudrait remercier le ciel, s’il y est pour quelque chose, d’avoir mis sur la route ad astra, pareil décodeur que cet Hal 9000, qui connaît son Woody par coeur et pas que. Car si l’on peut être plus familier avec Ripley (Tom), on ne peut que s’incliner devant la référence à Alien. Au fait, savais-tu, fortiche calculateur, qu’un tableau sans tête de Bacon avait inspiré Ridley Scott?
    Tentative dérisoire de rattraper une vue courte et même floue ( syndrome Hollywood ending ?) d’ Hannah et ses soeurs, oubliant l’hypocondriaque et le burlesque, la fantastique S.F pour tomber dans la romance, comme M.Caine envoyant à B.Hershey du E.E.Cummings.

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