Encore le matin
la porte est dans la cour
c’est le premier souvenir

le carrelage sent l’ombre
le cendrier ne fume plus

deux enceintes grincent
on balaie
sans le voir

à l’orée du mur
il suit
un crayon dans la main gauche
des chromatismes d’insectes

.
*

.
Et la voisine joue à l’élastique
entre deux chaises
le ciel et les cordes
aux jambes
comme on se prend les pieds
dans ses rêves

.
*

.
Ils ont des escargots parfois
lui et la voisine
mille coquilles peintes
les baves-lactées
même que les clairs c’est les filles
et les sombres sans rayures des hommes
ils ont des escargots partout dans les pelouses
ça mâche la vitre
à celui qui collera le soir
ils ont beaucoup d’enfants

.
*

.
Un autre été ce sont les têtards
qu’ils cultivent dans le baril
de la pluie
ça fait du brouillard partout
derrière leurs maisons
les têtards leur pousse des pieds
des mains des yeux d’hommes
& parfois ça meurt aussi

.

*

.
À l’adolescence ils ont
beaucoup plus de voix de force
grenouilles pétroles dans la piscine.
quand il pousse les fenêtres le soir vers la falaise
y a des chansons de bien belles chansons
sous la bâche à la pelouse

..

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(Image Fotomelia)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Germain Tramier

Germain Tramier

Germain Tramier explore les contrées de l'enfance et de l'imaginaire, son écriture s'inscrit dans le sillage des littératures oniriques ; elle porte une réflexion sur le temps ou la conscience, mais aborde également des notions plus politiques comme celle d'antispécisme. Son recueil Corps silencieux a reçu le prix de La Crypte en 2018.

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