Brume vaporeuse d’un matin d’hiver ensoleillé,

Volutes légères qui s’échappent continûment

des branches sombres et dépouillées

auxquelles la rosée a suspendu ses guirlandes de diamant,

Blanches fumerolles qui capturent

la lumière hivernale et la structurent,

Voile poudré qui donne forme aux rayons du soleil –

pâles rais captifs qui irisent

le rideau de tulle qui les retient et qui tamise

leur éclat de vermeil.

Pourquoi un tel enchantement dans ce jeu diffus de la matière et de la lumière ?

Peut-être que, par-delà l’esthétique de la chose, mon cœur et tous mes sens vibrent à la matérialisation de ces ondes dont nous avons besoin plus qu’en toute autre saison ? Et rendent grâce à la présence sensible de cette lumière qui nous fait violemment défaut quand, au sortir du lit, nous ouvrons les persiennes sur la nuit, longue encore.

Peur atavique latente que le soleil, un matin, ne se lasse de nous être fidèle …

Mais la lumière est là, presque à portée de main, presque saisissable, retenue par cette vapeur qui monte de la terre, assez tamisée pour que je puisse la regarder en face et m’en rassasier.

Elle est là, transperçant la grisaille de l’aube, surlignant l’architecture épurée des arbres en sommeil et faisant de chaque bosquet une cathédrale saturée d’encens.

Elle est là, doucement scintillante, se diffractant dans les gouttelettes en suspension pour venir caresser au plus large l’herbe des prés et des talus, et la délivrer de sa gangue de gelée blanche.

En somme, dans cet immense de la fusion de l’air, du feu et de l’eau planant sur la terre qui hiberne, je m’enchante de la délicatesse fragile d’une alchimie en équilibre et m’ouvre à la part d’éternité que contient ce fugitif instant de transparence tangible.

 

 

(Photo Radu Florin, Pexels)

4 Commentaires

  • l'heveder jacqueline dit :

    J’aime cette perception sensible de la nature, dans oa matière et son ressenti.

    • Mellet dit :

      Merci, Jacqueline. Il est vrai que pour moi, c’est souvent le regard sur la nature qui porte l’écriture et, réciproquement, l’écriture rendant ce regard plus aigu ou plus accueillant, elle enrichit en retour le réel sensible (ou du moins la perception que j’en ai).

      • Ariane Beth dit :

        Je ressens tout à fait ce que tu formules là, Sylvie : l’écriture, comme art de l’attention au réel (images, comme dans ton beau texte, mais aussi paroles, faits …), enrichit la perception qu’on en a. Et même peut être dans certains cas extrêmes la perception du réel ne peut-elle se dissocier de son double discursif. (C’est mon cas j’avoue malgré tous mes efforts pour accéder à un silence intérieur, une simplicité, qui serait tellement plus reposante …).

        • Mellet dit :

          Heureuse de partager ce ressenti avec toi, Ariane.
          Le silence intérieur survient parfois à la fin d’une séance de yoga. Quand on a pu pratiquer en plein air ou devant une fenêtre ouverte sur la nature et qu’in fine la méditation intègre le paysage, c’est sublime. Mais tellement fugitif en effet, car il est difficile de tenir les mots à distance : il suffit de penser que l’instant est magique pour qu’il s’échappe !…

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