Il est des lieux hors du monde où le temps échappe à l’écoulement strict des heures, des lieux où les minutes se dissolvent dans la rêverie et se refusent à toute monétisation, des lieux où, blotti contre la vitre, le corps admet de s’assoupir un instant, et où l’esprit pénètre dans cet incroyable entre deux entre le sommeil et la veille. Le train de nuit, pour moi, est un de ces espaces.

Train de nuit

 

Parfois le corps s’éveille
alors je bois
et la nuit se fait

*

On me dit que la nuit
n’est rien
que les angoisses

*

Elle est
simple et ondulée
comme les rideaux du train

*

Mais dans l’obscurité
vaille
que rails

*

Tout dépend
de l’heure
endormie

*

Il n’est pourtant
de somnolence
que d’oubli

*

À peine une tranche
de pain
une bouteille évidée

*

Le retard exclu
étonnamment
négligé

*

Paysage en marche
direction
contraire à celle du vent

*

Je dîne frugalement
me
contorsionne sur mon siège

*

Le vague souvenir
d’un aller
vers l’est

*

Le tout
entre
deux paupières

*

Là et ailleurs
–      demeure
le doute

 

Lénaïg Cariou a 27 ans, elle est née à Clermont-Ferrand, vit à Paris depuis déjà des années, s’en échappe régulièrement pour passer des week-end au grand air, escalader des montagnes ou voyager à l’étranger. Elle est chercheuse et poète. Son travail de recherche porte sur les rapports entre poésie et arts visuels. Elle est tombée amoureuse de la poésie américaine après avoir vécu aux Etats-Unis, et la traduit depuis régulièrement en français, notamment avec le collectif de traduction Connexion Limitée / Limited Connection, qui réunit de jeunes poètes français.e.s et américain.e.s.
Avec Stéphane Lambion et Victor Malzac, elle a créé au printemps 2020 la revue de poésie biannuelle Point de Chute, qui publie de jeunes poètes français.e.s et étrangèr.e.s. Elle est également l’initiatrice du Festival Poet.e.ss.e.s dont la première édition aura lieu à Paris en mai 2021.

 

 

 

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