Ma tenue ne dit pas oui !

ou la politique du corps dans la Marche des Putes

 

Le mouvement de la Marche des Putes est apparu en avril 2011 après qu’un officier de la police de Toronto a dit que les femmes devraient éviter de s’habiller comme des putes afin de se protéger contre les agressions sexuelles. A la même époque, l’université de Toronto enquêtait sur des allégations selon lesquelles une culture du viol s’était répandue dans le campus. Les propos de l’officier ont fait naître l’indignation et suscité des protestations dans de nombreux pays, y compris en Inde et en Corée du Sud. Des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour défier le vieux système du pouvoir patriarcal dans lequel il est habituel de faire preuve de misogynie, d’imposer un contrôle aux corps des femmes et de faire des reproches aux victimes. Des chercheuses comme Catharine MacKinnon ont beaucoup contribué à mettre en lumière ce système :

« L’instrument de la perception sociale est créé par le processus même par lequel les femmes sont placées sous contrôle. Mais cet apparent paradoxe n’est pas un cercle vicieux ou un renvoi à la subjectivité personnelle. Comprendre que les femmes se reconnaissent largement dans les stéréotypes féminins et sexistes, ressentent vraiment les besoins qu’elles sont incitées à ressentir, ressentent vraiment les satisfactions auxquelles on s’attend et choisissent souvent ce qui leur est prescrit, permet de comprendre que les femmes, en même temps, ne s’y reconnaissent pas, ne les ressentent pas et qu’elles n’ont pas choisi la place qu’elles occupent. » (1989, 102)

 

 

Dans le contexte social de la subordination des femmes, MacKinnon suggère que la violence sexuelle est sous-estimée ou renforcée par les codes sociaux implicites qui fixent leurs règles au corps féminin et font porter le blâme aux victimes. Au lieu de condamner les coupables, ces codes (vestimentaires ou comportementaux) rendent les femmes responsables des agressions sexuelles des hommes. Le mouvement de la Marche des Putes fait entendre dans le monde un message à voix haute et intelligible : l’attention ne devrait pas s’attacher à la tenue des femmes mais à la culture du viol.

 

Bibliographie :

Attwood, F. (2007) Sluts and Riot Grrls: female identity and sexual agency, Journal of Gender Studies, 16(3), 231-247. http://dx.doi.org/10.1080/09589230701562921

Carr, Joetta L.. 2018. « The SlutWalk Movement: A Study in Transnational Feminist Activism. » Journal of Feminist Scholarship4 (Spring): 24-38. https://digitalcommons.uri.edu/jfs/vol4/iss4/3

MacKinnon, Catharine A. “Toward a Feminist Theory of the State.” Harvard Univ. Press, 1989.

Photo : Anton Bielousov — Travail personnel: Slutwalk (Toronto, ON), CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=16007386

Un commentaire

  • Bal dit :

    Bien de souligner les origines de la dérive.
    Il est toujours difficile de penser que l’autre ne porte pas une attention d’amour, les femmes ont mis du temps à se rendre compte du subterfuge. C’est douloureux et humiliant d’avoir à parler de ces « mauvais traitements » pour les femmes qui au lieu du plaisir trouve l’insulte à ce qu’elles donnent. Toute la complexité tient dans la difficulté à pouvoir dire les bons mots au bon moment pour être entendue.

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