Je ne suis que trop conscient du fait que nous sommes nés à une époque où seuls les gens assommants sont pris au sérieux, et je vis dans la terreur de ne pas être incompris. Oscar Wilde (Le Critique en tant qu’artiste)

Si Wilde s’est appliqué à une chose, c’est bien à ne pas être pris au sérieux. Cela ne veut pas dire, quoi qu’il en dise ici, qu’il n’ait pas souhaité être compris. En réalité il aurait voulu être pris juste pour qui il était. Comme tout le monde, finalement.

Quoique tout le monde : gageons que les menteurs, manipulateurs, oppresseurs, violents, etc. bref disons les « méchants » ne tiennent pas, eux, à être pris pour ce qu’ils sont. (Et tout ça finit par faire du monde).

Je vis la terreur de ne pas être incompris est une phrase non sérieuse sans doute, mais sincère sous le joke. Wilde voulait échapper à l’assignation à une case, échapper même à une quelconque définition.

On devrait toujours être légèrement improbable. (Sentences philosophiques à l’usage de la jeunesse)

S’efforcer à l’improbabilité suppose un certain rapport à ses contradictions. Il s’agit non seulement de les assumer, mais d’en faire sa carte de visite. Ce que fit Oscar Wilde dans sa grave légèreté (ou gravité légère), sa gaieté teintée d’inquiétude, sa pudeur masquée sous les provocations.

L’improbable est un moteur de son œuvre. Le bon mot, dans la recherche d’une chute, d’un décalage, d’un paradoxe, peut être considéré comme le principe directeur de son esthétique d’auteur. Ce fut également son activité principale, autant dans la conversation en société (ce qui en a été recueilli par ses amis constitue en quelque sorte son œuvre orale) que dans son travail d’écriture. D’ailleurs, dans le théâtre ou les nouvelles, ses personnages passent aussi le plus clair de leur temps en conversations parfois tendres parfois cruelles, toujours spirituelles.

Joignons-nous donc un moment à cette conversation. Les citations à suivre proviennent d’un recueil de ses aphorismes. Certains issus de conférences, de lettres ou de conversations. D’autres mis dans la bouche de ses personnages.

Il est clair d’après ce qui précède que chez Wilde les deux modalités (réelle et fictionnelle) ne peuvent que s’équivaloir et doivent être prises exactement de la même manière.

Au sérieux. Ou pas.

Blogue d’Ariane Beth

3 Commentaires

  • L-A FB dit :

    Into the Wild(e), then… Je suis intriguée au début de cette série, sans doute répondra-t-elle à une question que je me pose souvent aussi à propos de la posture (héritée d’Oscar?) de bien des humoristes qui pompent son mode : à quel moment et jusqu’à quel point l’usage du paradoxe subversif est-il juste une façon puissante d’habiter le monde et d’y exercer une puissante emprise de supériorité, voire un maniérisme de séduction?
    Je sais, honnie soit qui mal y pense…Pourquoi ne pas provoquer un peu les provocateurs?

    • Ariane Beth dit :

      Bonnes questions … Pour la séduction, autre nom de la demande d’amour, ça me paraît évident chez Wilde. Pour le reste, peut être certaines des citations qui suivront éclaireront-elles les choses ? En tous cas, provoquer les provocateurs : oui, ne jamais hésiter.

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