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Pendant mes études, vers la fin des années 90, il était souvent question de la « mort de la peinture » qui faisait planer une sorte d’interdit sur le plaisir de peindre. Édifier des règles, méthodes, protocoles ou contraintes plus ou moins espiègles pouvait être une ruse pour y parvenir malgré tout.
C’est de cette époque que je tiens quelques principes, fort simples, auxquels je reste néanmoins fidèle :

Garder un même format. (Désormais deux.)
Utiliser une seule couleur à la fois. (Jouer avec toutes ses variations chromatiques.)
Choisir un procédé simple : pas de chichi !
Repousser les limites de l’aquarelle. (Tâche de plus en plus difficile.)
Ces principes me servent avant tout à poser un cadre d’expérimentation face à l’immensité des possibles. Ils me permettent de me lancer, quitte à oublier l’un ou l’autre au passage – ce qui me semble d’ailleurs de plus en plus important. Et puis, il y a le protocole d’expérimentation en aquarelle, proche de l’expérience scientifique qui définit des conditions, les met à l’épreuve tout au long d’une série de tests. Je concède bien volontiers que ce protocole contienne une part de hasard. L’important est de faire ensuite des choix, de préciser les attentes, de trancher, pour ne garder à terme qu’une aquarelle « réussie ».

2 Comments

  • Pierre Hélène-Scande dit :

    Effectivement, on peut imaginer que dans la création artistique, avoir une procédure facilite le commencement, et que savoir s’en détacher à certains moments permet d’avancer.

    Mais y a-t-il dans la procédure un principe qui permet de savoir qu’on a fini, ou cela relève-t-il d’une décision intuitive?

  • Laure-Anne Fillias-Bensussan dit :

    Si je vois bien de quoi il est question pour les trois premiers principes, en cela aussi qu’ils donnent une règle du jeu de départ fertile à d’autres pratiques artistiques, je me dis que le lièvre gît peut-être dans le quatrième, celui qui ne peut se contenter du cadre rassurant des précédents, et doit précisément passer ses limites.
    Car là, il faut inventer, chercher à tâtons, comme vous le dites bien, avec les pichenettes, accueillies ou cadrées, du hasard.
    Est-ce là qu’en effet on se met à tendre non vers un point final, un dernier mot, mais plutôt vers un accord juste – qui n’exclue pas la dissonance- dans tous les sens du terme ; un accord qui « fait droit », en même temps, à ce qu’est le plasticien, l’écrivain, le musicien, à leurs langages (donc leurs corps), et aux fenêtres sur le monde qu’ils essaient d’ouvrir pour d’autres ?

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