RESPIRER LE JAZZ AVEC PIERRICK (PEDRON)

 

Vous ne devriez pas rester indifférents au nouvel album de Pierrick Pédron, saxophoniste altiste qui s’intitule 50/50. Uniquement des compositions originales, denses et inventives avec leurs modulations brusques, leurs variations de temps, et toujours la même ferveur. Enregistré en janvier 2020, en quartet, à New York avec la fine fleur de la rythmique américaine, ce CD fait partie d’un “faux-double” album, puisque fin 2018, pour les cinquante ans du saxophoniste alto, fut gravé un autre CD, à Paris cette fois, toujours en quartet mais avec une instrumentation différente (clavier, sax, tp, batterie).

50/50 est l’album de l’équilibre, ce que souligne la photo de Pierrick sur les rails, a été enregistré sur Gazebo, le label du pianiste Laurent de Wilde qui ne peut résister à “un vrai disque de jazz”.

Laurent de Wilde vous présente FIFTY-FIFTY NY SESSIONS – PIERRICK PÉDRON – YouTube

Mais permettez un rembobinage qui vous présentera beaucoup mieux ce musicien, qualifié à ses débuts de “bopper sur vitaminé”. Pour répondre à l’intitulé de cette rubrique Sessions de rattrapage, remontons le temps …

 

Je me souviens encore de ma rencontre musicale avec Pierrick Pedron pour son troisième album en 2005, Deep in a dream, déjà enregistré aux Usa, avec le pianiste Mulgrew Miller.

Deep In A Dream était alors annoncé dans la jazzosphère, comme une véritable révélation, même si l’altiste de Saint-Brieuc n’en était pas à son coup d’essai. Après l’écoute de cet album, enregistré à New York au «Systems Two» de Brooklyn en novembre 2005, un silence admiratif suivit une écoute attentive, sentimentale, presque amoureuse.

Car, à l’exception de deux compositions de Pierrick Pédron intégrées à merveille dans la ligne d’ensemble, l’album reprenait des standards, marqués par l’interprétation de Frank Sinatra, la voix de référence sur quelques titres «Deep in A Dream», “Change Partners” ou encore ce «Lover» qui lui succède par l’une des plus belles transitions que l’on puisse imaginer. Mais Frankie n’eut pas notre préférence cette fois là, même s’il distillait «Lover, please be tender … I surrender to my heart», ce que toute oreille amoureuse souhaite entendre.
Soliste généreux, puissant, soucieux de mélodie et de rythme, Pédron entraîne son alto dans le chant du désir plutôt que dans l’aveu de la plainte et nous fait partager son plaisir à interpréter ces pièces qui parlent d’attirance et d’abandon.

Il serait inexact de ne voir en lui qu’un représentant, même éclairé, d’un courant qui a fait ses preuves. Ne serait-il pas possible de trouver, au contraire, une unité dans le jazz, au-delà de la diversité même des styles? Cette musique avance sans nostalgie aucune, et certains musiciens, entretiennent le patrimoine collectif, sans figer pour autant l’évocation du passé.

Pierrick Pedron a su se choisir de véritables partenaires, engagés dans cette aventure en un dialogue complice: Mulgrew Miller, formidable pianiste, le batteur confirmé Lewis Nash et Thomas Bramerie, contrebassiste français installé à New York. Ce fut une belle rencontre avec de vrais accompagnateurs qui ont accepté de le suivre en donnant le meilleur d’eux-mêmes.

Ce quartet maîtrise l’art de donner le frisson: beauté du son, thèmes inoubliables, délicatesse des mélodies, arrangements superbes. Quant au swing qui se dégage de cette musique, il est de nature à réconcilier les anciens et les modernes…

 

(Re)tenter la saisie de l’instant écouté, retrouvé, cette permanence de l’entendu, d’un son qui donne le frisson, d’un timbre dont je ressens toujours l’éclat.

Un musicien qui vaudrait bien un portrait, non?

(A suivre)

https://www.dailymotion.com/video/x29jz3

 

2 Commentaires

  • Laure-Anne FB dit :

    Oui en effet ça donne envie, et merci pour le lien, qui donne une idée de ce que tu veux dire, même dans une première écoute sur un petit ordi pas mirifique !

  • Sophie Chambon dit :

    Je suis ravie que tu aies accroché à cette vidéo que j’ai tout de suite aimée, moins sophistiquée que les « clips » actuels car ce musicien mérite d’être écouté. Il a un enthousiasme et une énergie rares et bien que « marqué » dans un style précis, il a toujours tenté des expérimentations différentes. Un vrai « music lover » dont j’espère réussir le portrait. Bientôt!

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