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    Thème 1

« Du plus loin que je me souvienne, j’ai entendu la mer. Mêlée au vent dans les aiguilles des filaos, au vent qui ne cesse pas, même lorsqu’on s’éloigne des rivages et qu’on s’avance à travers les champs de canne, c’est ce bruit qui a bercé mon enfance. Je l’entends maintenant, au plus profond de moi, je l’emporte partout où je vais.  »

 

Le début du Chercheur d’or de Le Clézio a pour moi le charme d’ une berceuse, d’une douce musique. Il me fait accéder à un ailleurs fait de poésie et de réminiscences, à une vie antérieure baudelairienne où la mer est un élément primordial comme dans Noces de Camus.

Un ailleurs où enfance, bonheur, vécu et rêve se confondent. « De l’autre côté du monde, dans un lieu où l’on ne craint plus les signes du ciel, ni la guerre des hommes. »

 

    Thème 2

« Ça commence… ou, plus exactement, ça re-commence. Et personne ne sait jamais comment ça finira… Mais peu importe, l’essentiel n’est pas là…. »

 

 

14 Comments

  • Pierre Hélène-Scande dit :

    1)
    La rumeur de la mer qui est si profonde, le personnage l’entend maintenant au plus profond de lui-même. C’est suggérer qu’il porte en lui-même un abîme, ou plutôt peut-être que cet abîme le porte.

    2)
    Ça re-commence, et on ne sait pas comment ça finira… Osons alors un dicton : « A débuts semblables, fins diverses. » Et si parmi quelques re-commencements, il y en deux qui conduisent à des fins semblables, dira-t-on : « Et voilà, ça re-finit ! » ?

    • Alice dit :

      Plutôt qu’un abîme, l’océan est mystère insondable et source de richesse intérieure , une présence qui l’aide à vivre et à rêver, un élément primordial qui reflète l’immensité du ciel et ses constellations, l’objet d’une quête sans fin, d’une errance heureuse.

      • Sophie+Chambon dit :

        Je préfère en effet à la noirceur du gouffre cette vision en miroir de la mer que porte la voix d’Alice unissant Le Clezio à Baudelaire.
        Voilà le premier incipit qui vient à point, prometteur et qui semble facile.

        Pourtant il n’est pas toujours évident de commencer Pierre… Et je me dis alors qu’ il ne faut pas trop réfléchir à ce que pourrait donner la fin.

        • Alice dit :

          Merci Sophie d’avoir perçu ce que le mot abîme a de trop hugolien. Les romans de Le Clezio célèbrent davantage la beauté du monde, même si parfois ce monde est désespérant, et la joie de vivre en symbiose avec la nature…. Je retrouve la même volonté chez Camus et Giono, la même sensualité. C’est ce qui me plaît chez ces trois écrivains.

  • Pierre Hélène-Scande dit :

    On pourra aussi me répondre que ce n’est pas la mer que le personnage porte au profond de lui-même, mais sa rumeur, qui est en quelque sorte la mer sans son poids, un abîme ni vide ni pesant, une masse légère, puissante et douce qui porte et qui berce.

    • Sophie+Chambon dit :

      Je sais bien que le chapeau de la cime est tombé dans l’abîme…mais le mot décourage. Tiens un petit défi…essayons de le placer dans un contexte plus souriant ….avec des hauteurs plus sereines ….sans aller vers Hurlevent pour autant !

  • Pierre Hélène-Scande dit :

    On me fera observer que la mer est aussi bien cette immense surface qui s’étend jusqu’à l’horizon et au-delà, et que sa rumeur est pareille à une vaste couverture aux bras puissants et doux qui enveloppent et bercent… J’en conviens, j’en conviens !

    Les hauts qui hurlent et qui secouent, comme tempête dans les mâts, belle et verticale suggestion!

  • Elias L. T. dit :

    Quelque chose de durassien dans le thème 2 ! J’aime les incipits qui pourraient également être des fins de roman, et là on y est pleinement.

    • Alice dit :

      Merci Elias pour ce commentaire inattendu, je n’y aurais pas pensé et pourtant Marguerite Duras est une écrivaine dont j’apprécie beaucoup l’œuvre cinématographique et littéraire.

  • Laure-Anne Fillias-Bensussan dit :

    Je serai quant à moi, plus terre à terre, ou terre à mer, intime, car les romans, les poèmes, nous font autant et mieux que la vie nous fait.
    Alors cet incipit me renvoie à ma mer origine, à Camus donc, à ces bains d’enfance dont le nom mer, à défaut d’océan, me donne le frisson, tout comme le nom d’eucalyptus, à défaut de filaos, et ils me submergent de senteurs, de tendre mémoire, de passion vive.
    Elle faillit m’être abîme, tôt dans ma petite vie, et comme ce qui ne tue pas rend fort, comme une fin, sauf l’ultime, est commencement, quête d’horizon, la voici pour moi consolation souveraine : si je suis triste ou pire, je vais à elle , et l’entendre rouler sa respiration, savoir les corps morts ou vifs qu’elle brasse sans fatigue, respirer maintenant avec mes souvenirs d’elle et de ses mondes me recrée.
    On a rejoint l’incipit d’Alice, Duras pour la musique mais Beckett pour les mots : le bon de l’abîme où se fondre, le bond de l’horizon où avancer quand même…

    • Alice dit :

      Rien de terre à terre dans ce commentaire, bien au contraire. Les senteurs, qu’elles soient méditerranéennes ou tropicales, les sensations liées au bain de mer, si bien décrites par Camus ou Le Clézio, nous éloignent du terre à terre pour retrouver la légèreté, l’apesanteur et l’oubli bienfaisants.

  • JJ Dorio dit :

    De la mer ont écrit des milliers d’artistes

    La mer la mer toujours recommencée

    Moi c’est la mer qui m’écrit et me brise

    En milliers de fragments d’algues bleues

    Cyanophycées sel et calcaire dissous

    Roches fracturées brèches et poudingues

    Moi c’est la mer qui m’emporte et me berce

    Au vent du grand sommeil

    D’un doux dingue

  • Alice dit :

    Merci pour ce partage de poésie marine. Je fais mien ce vers: » Moi c’est la mer qui m’emporte et me berce « , si proche de l’atmosphère du Chercheur d’or.

  • Ariane dit :

    La manière dont tu commentes la citation de Le Clézio, Alice, m’évoque le débat entre Romain Rolland et Sigmund Freud sur le « sentiment océanique » .Freud tiquait un peu sur un rapprochement avec les religions orientales (qui intéressaient Rolland) car il y voyait l’aspiration à se fondre dans un grand tout au détriment de l’unicité de chacun. Et puis il a admis que bon la vie étant ce qu’elle est, pas facile, « Le bonheur, dans l’acception modérée où il est reconnu comme possible, est un problème d’économie libidinale individuelle. Il n’y a pas de conseil qui vaille pour tous ; chacun doit essayer de voir lui-même de quelle façon particulière il peut trouver la béatitude » (Le Malaise dans la Culture chap 2) (J’adore « acception modérée » …)
    De fait la sensation si bien décrite par Le Clézio de faire corps avec le monde (en l’occurrence la mer, mais ça marche pareil avec la terre, l’air, la lumière) j’y puise aussi réconfort et joie, jour après jour.

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