Skip to main content

UN COMMENCEMENT QUI N’EN FINIT PAS

1

« Gli ho chiesto di quell’epoca, quando eravamo ancora così giovani, ingenui, entusiasti, stupidi, naïf.
Ne è rimasto qualcosa, tranne la giovinezza – mi ha risposto. »

Antonio Tabucchi Il tempo invecchia in fretta

 Je l’ai questionné sur cette époque, où nous étions encore si jeunes, innocents, enthousiastes, idiots, naïfs. Il en est resté quelque chose, sauf la jeunesse – m’a-t-il objecté.

Le temps vieillit vite (ma traduction 01/05/2026)

 2

Cette phrase de ce cher A.T. est, sous son apparente rudesse, un trésor.

Oui je continue à croire qu’il est resté quelque chose de cette « oisive jeunesse », qui a correspondu pour moi au grand moment politique de Mai 68.

Sur la traduction j’ai fait des choix, par exemple préféré innocent à ingénu et idiots à stupides. « Idiot » dans le sens de singulier ( » idios  » : particulier).

Naturellement vous pouvez « objecter »…

3

Un nouvel incipit va maintenant donner la voie au poème annoncé par le titre : « En reprenant ce livre en vue de sa version française, je suis heureux de retrouver dans les dernières pages l’idée que la fin n’est qu’un commencement.

  Peter Brook Oublier le temps

UN COMMENCEMENT QUI N’EN FINIT PAS

Ce commencement qui n’en finit pas

ce jeu sur le matériel verbal

et le plaisir infantile

d’écrire des phrases qui n’en sont pas

Des phrases que l’on invente en les écrivant :

une volée de mots noirs comme des merles 

un voyage qui finit à Aix tgv sous la Sainte Victoire

les gares de Matabiau ou de la Part Dieu

un agneau du Dévoluy dont on fit un méchoui

le mont Gerbier de Jonc approché cet été

le chemin de la Forêt à Paray le Monial

le Bavard de Louis René des Forêts

Bâtons et lettres

Feuillets noircis

Au crayon papier

Ou à l’encre de Chine

Sur une vie mouvante

Et quelque peu

Anachronique

L’ai-je vécue

Pour la conter

Celle où on peut me confondre

Avec des personnages

Issus des romanciers ?

Je ne sais pas

Je sais

Telles toutes ces vies

Perdues en chemin

Et qui mêlent

Comme dit la formule

Commencement

Et fin

Jean-Jacques Dorio

Jean-Jacques Dorio

DORIO Jean Jacques/ 1945/ Ariège/ marié 4 août 1979/ veuf 2014/ Professeur de collège/ 1966-2005/ Coopérant à Caracas (Venezuela) 1968-1970/ Vit depuis 1978 aux Martigues/ Livres de poèmes : Secret des marges : Rafael de Surtis (2011)/ JeT’Rêve : Rafael de Surtis (2011)/ Itinéraires : P.J. Oswald (1975) Recueils de poésie chez Encres Vives/ Livres d’Artiste / CD de Chansons (paroles, musiques, interprétations JJ Dorio). Blog de poésie : un poème pour chaque jour depuis le 08/01/2006, poésie mode d’emploi wordpress.com/view/poesiemodedemploi.home.blog

    Voir tous ses articles

    9 Comments

    • Alice dit :

      Original cet incipit d’Antonio Tabucchi dans sa langue maternelle !
      Ne serait-ce que pour la beauté et la musicalité de la langue. S’y ajoute la nostalgie de la jeunesse.
      Mais être jeune, est ce forcément être innocent et naïf?

      • Sophie Chambon dit :

        Eh oui, Alice! Derrière l’apparente simplicité de Tabucchi qu’on pourrait traduire mot à mot, tout fier de comprendre ce que cet Italien là voulait dire, se cache une remarque qui embrouille l’esprit. Tu la formules, sous une forme interrogative mais d’autres seraient plus catégoriques : nous ne sommes ni innocents, ni vierges dans les débuts de vie, d’écriture…

    • Pierre Hélène-Scande dit :

      « Pour ma part, je crois que, pour bien finir, il vaut mieux commencer tôt. Car je suis lent à faire, et davantage à comprendre, ce qui n’est pas sans inconvénient, soit dit en passant. Et je n’aime pas être bousculé. Commencer tôt donc pour finir en toute tranquillité. Et si la fin une fois atteinte, il reste du temps, alors je commencerai autre chose. La fin, là, ne m’importera plus. J’aurai déjà fini, » dit Pierre.

      « Je ne m’aventurerai pas à gloser, mais, il me semble que finir en plein début vous conviendrait mieux, à certains égards, que de ne pas finir d’en finir, » lui répond Pierre.

      « Euh… Il faut que j’y réfléchisse. »

      • Sophie Chambon dit :

        Très drôle Pierre, et en plus tu nous donnes le choix selon le tempérament, certaine disposition naturelle comme la lenteur dont on voudrait faire l’éloge, mais moi j’ai choisi, j’opte pour ta première proposition très encourageante. Et puis, basta cosiiiiiiiiiiii! On va pas en faire un roman qui d’ailleurs doit avoir une fin bien ajustée. Ou une nouvelle qui se doit d’avoir une chute impeccable, car si ça commence bien, ce serait impardonnable de rater le final. Donc « un commencement qui n’en finit pas »- on y revient, ça ne marche pas vraiment, pas vrai?

    • Ariane dit :

      J’apprécie beaucoup la manière fluide et astucieuse dont s’enchaînent les trois temps. Cela me fait penser au triple saut en athlétisme, deux rebonds et hop on s’envole pour le saut final. Une discipline conjuguant l’efficacité et l’esthétique.
      Quant au beau titre de Peter Brook « Oublier le temps », j’y vois la clé de la dialectique commencer/finir.
      Merci pour ce texte riche.

      • Sophie Chambon dit :

        Eh ben voilà! Ariane, tu nous as servi sur un plateau cette image d’athlétisme ou comment se sortir des contraintes-consignes de la phase « ça commence ». J’avoue que j’étais perplexe, je ne voyais pas le rebond de l’incipit d’ouverture (1) à l’incipit personnel (2) et au texte final, histoire de commencements (3).
        Jean-Jacques a fait tous les sauts nécessaires sans trop gambader en plus, il y est arrivé avec « son commencement qui n’en finit pas ». Il aurait pu continuer, j’en suis certaine, mais il a suivi la consigne, bravo!
        Pas sûr que beaucoup le suivront … Faudrait peut être rajouter cette image tonique sur la façon d’enchaîner les trois temps dans le propos du collectif.

    • Pierre Hélène-Scande dit :

      Et toi aussi, tu réussis à rebondir, Sophie, non comme J.-J. D., d’une proposition à l’autre, comme l’a observé Ariane, mais d’un commentaire à l’autre. L’heure est en effet aux triples sauts, et aux élans sportifs.

    • Laure-Anne dit :

      Quant à moi je n’en attendais pas tant : réponse aux trois ouvertures de notre proposition à la fois…
      Ingenui associé à la jeunesse pour moi voudrait dire, davantage qu’innocent, ( non nuisible) intact, inentamé…( espérant ?)…
      Stupidi : renverrait à la confiance aveugle que l’expérience des coups n’a pas transformée en prudence parfois exagérée…
      Lah que c’est bon que les mots un à un donnent à penser…

    • JJ Dorio dit :

      UN MOI COLLECTIF UN NOUS COSMIQUE

      en guise de remerciements

      C’est ainsi que l’on se lance avec curiosité dans une page qu’écrit à son rythme sa main à plume. Qu’est-ce que mes yeux de lecteur insatiable vont encore « prélever » d’un texte que je lis pour la première fois ou relis pour la centième ? « Prélever » sans m’interdire de le modifier, et qui va être l’amorce, l’incipit, le commencement d’un texte nouveau, comme l’on dit du vin vert… L’art de citer tant et tant de livres, qui en définitive, ne deviennent qu’un seul à la fin. Un moi collectif, un nous cosmique, où leurs matières mortes et vives, se mélangent, s’épousent, se transforment et à la fin disparaissent comme font les airs de jeunesse et les papillons

    Leave a Reply

    Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.