Cristina Hermeziu est d’origine roumaine et habite en région parisienne. Docteur en philologie et traductrice, elle exerce actuellement le métier de journaliste littéraire (notamment sur son site Zoom France Roumanie et dans la revue en ligne ActuaLitté). Elle a publié deux livres aux éditions Junimea : Parisul nu crede în lacrimi (Paris ne croit pas aux larmes, 2016) et Între timp îţi vezi de viaţa ta (Entre-temps tu t’occupes de ta vie, 2020). Les trois premiers poèmes traduits ci-dessous sont extraits du premier recueil ; les quatre autres sont issus du recueil qui vient de paraître.

coupe file

je l’ai cherché
centimètre par centimètre
dans l’ancienne gare
qui donne sur la Seine

j’ai vu, perdant de précieuses
secondes,
le sacré cœur qui dessinait
sur le ciel
un électrocardiogramme

il n’est pas ici, ni ici, ni ici
je l’ai cherché centimètre par centimètre
attendant qu’il apparaisse dans la salle suivante

l’amant perdu entre les amants
futurs

et je ne l’ai plus jamais trouvé
ce tableau de Pissarro
avec un troupeau de moutons qui fleurit sur le chemin

coupe file

l-am căutat
centimetru cu centimetru
în fosta gară
cu ferestre pe Sena

am văzut, pierzînd cîteva secunde
bune,
cum sacré cœur desena
pe cer
o electrocardiogramă

nu e aici, nici aici, nici aici
l-am căutat centimetru cu centimetru
așteptînd să apară în sala următoare

amantul pierdut printre amanţii
viitori

și nu l-am mai găsit niciodată
acel tablou de Pissarro
cu o turmă de oi înflorită pe drum

#lepatientanglais

cette scène –
Hana
soulevée dans les airs par le lieutenant Kip
dans une église de Toscane
voit les saints des peintures
à la lumière d’une lampe de signalisation
(Juliette Binoche et Naveen Andrews,
si différents l’un de l’autre,
assez pour qu’il y ait une étincelle) –

je l’ai délicatement enveloppée
dans une feuille d’aluminium
pour
une vie
future

#pacientulenglez

scena aceea –
Hana
purtată de genistul Kip
prin văzduhul unei biserici din Toscana
vede sfinţii din picturi
la lumina unei torţe de semnalizare
(Juliette Binoche și Naveen Andrews,
atît de diferiţi unul de altul,
suficient pentru o scînteie) –

am învelit-o ușor
într-o folie de aluminiu
pentru
o viaţă
viitoare

esquisse

c’était peut-être un peuplier
ou bien il restait sur le chemin
une colonne de fumée

ou peut-être était-ce toi
qui partais pour de bon
sur une route.

schiţă

poate era un plop
sau din cărare rămînea
un stîlp de fum

sau poate tu
plecai de tot
pe-un drum.

*

(tout
ce
que
je
n’écris
pas
parle
de
toi)

*

(tot
ce
nu
scriu
e
despre
tine)

*

soudain un excès de zèle te prend
ce n’est plus possible comme ça aujourd’hui je fais de l’ordre

(comme tu dirais un samedi matin
aujourd’hui je range la bibliothèque
le format I avec le format I le format II avec le format II

et tu n’as aucune idée du moment où tu t’assieds en tailleur
sur le tapis avec un livre
et c’est toute la matinée qui s’est écoulée)

tu n’as aucune idée de la manière dont
parmi toute la collection
de souvenirs parasites
(comme le gui sur la lance d’un peuplier)
un seul sort du lot
tombe sur le sol comme un livre prédestiné

(parfait, cet instant

les planètes se sont alignées

parfait, cet instant

j’ai enfoncé
mes pieds dans la terre

parfait, cet instant

j’ai donné mon cœur
aux chiens

et je n’ai rien laissé
et je n’ai rien laissé

paraître)

*

te apucă o hărnicie subită
așa nu se mai poate azi fac ordine

(cum ai zice sâmbăta dimineaţa
azi aranjez biblioteca
formatul I la formatul I formatul II la formatul II

și habar n-ai când te așezi turcește
cu o carte pe covor
și s-a scurs toată dimineaţa)

habar n-ai cum
din toată colecţia
de amintiri parazite
(ca vâscul pe suliţa unui plop)
una singură iese din rând
cade pe podea ca o carte predestinată

(perfectă clipa aceea
în care
planetele s-au aliniat

perfectă clipa aceea
în care
mi-am înfipt
picioarele în pământ

perfectă clipa aceea
în care
am dat inimea mea
la câini

și n-am lăsat
și n-am lăsat

să se vadă
nimic)

*

si tu écris noir sur blanc
tu guéris
(as-tu dit)

j’écris noir sur blanc

c’est comme ça qu’on part avec élégance
(d’un endroit d’une solitude
d’un amour d’une capsule)

*

dacă scrii negru pe alb
te vindeci
(ai spus)

scriu negru pe alb

așa se pleacă elegant
(dintr-o încăpere dintr-o singurătate
dintr-o iubire dintr-o capsulă)

*

demande-moi encore
qui je suis

je réponds encore

je suis
une colonne de porphyre

je suis
une source rouge

je suis
un éclair de sang

demande-moi encore

et encore

*

întreabă-mă iar
cine sunt

răspund iar

sunt
o coloană de porfir

sunt
un izvor roșu

sunt
un fulger de sânge

întreabă-mă iar

și iar

2 Commentaires

  • Laure-Anne FB dit :

    Très forts dans leur simplicité, ces poèmes, et merci pour la traduction . C’est de l’autrice ou de vous? Et merci de la mise en page bilingue, grâce à laquelle quelque chose de l’unheimlichkeit de toute langue, et de la familiarité amicale de toute parole créatrice apparaît.

    • Stéphane dit :

      Merci pour votre lecture ; c’est moi qui me suis occupé de la traduction, oui, et outre son intérêt proprement poétique, je souhaitais que la mise en page bilingue permette au lecteur de mesurer la distance, parfois si ténue, entre le roumain et le français.

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