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Je commence

J’ai 10 ans. Je creuse le jardin.

Direction le noyau de pêche brûlante.

Je creuse de mes mains la terre noire et bleue,

La terre grasse qui me colle aux paupières,

Je lève les yeux vers les roses trémières.

*

Chaque pétale colle à mes joues,

Mes joues roses d’enfant que sermonne la mère

« Vas-tu finir ? Tu vas abîmer le parterre… »

Je n’ai pas fini, mère, je commence.

*

Je relâche dans l’air les papillons d’avril,

Les larves grossissent au creux de mes doigts,

Un oiseau fend le ciel caresse mes cheveux,

Je revois son œil froid me fixer à jamais,

Je ressasse les parfums, je fais naître sur terre

Les premiers fruits du monde où creuseront mes dents.

*

Je n’ai pas fini, mère, je commence,

Les batailles les power rangers sont de nouvelles fleurs

Rouge bleu jaune vert rose et les jours

N’ont plus de prise sur moi, la nuit fond en étoiles

Plus vite que jamais, tout tombe doucement :

Le soir et toute branche douce à mon épaule.

*

J’ai vu d’autres prairies aux barrières levées.

Des espaces sans fin naissent au creux du lierre.

Le lézard pointe sa langue rose dans le ciel

Dragon magicien qui obsède l’enfance,

Je n’ai pas fini, mère, je commence.

*

La marionnette est en marche dans sa robe de terre

J’ai pris deux bouts de bois pour dresser un Palais

Une coquille vide hermaphrodite volé à la bouche des fourmis,

J’ai fouillé la terre mais c’est l’océan qui vient

Ruisseau d’automne où tombent les branches d’acacia.

*

J’ai voulu le miel des abeilles à ma bouche

Les cerises avalées avec le noyau mortel

J’ai le noyau brûlant du centre de la Terre en moi,

Je devrais fouiller en moi, je retrouverais

Les roses trémières qui viennent du ciel,

Le lézard figé dans son éternité close,

L’escargot héroïque qui traverse le jardin

Et finit épuisé sur le ballon de cuir.

*

Marionnette du temps, nouvel Orphée

Balbutiant, assis sur sa pierre, ranimé par le chant,

La nuit creuse le ventre je n’en finis pas de vivre.

*

Je n’ai pas fini, mère, je recommence

Les jongles fièrement commencés à l’aube

Messi Ronaldo Maradona aux lacets défaits

J’ai réussi un tour du monde entre le mur et le Palais.

*

Le trésor a commencé avec la prière

Pour faire lever le jour sur les herbes du jardin

Qu’elles croissent tellement que je m’y fonde

Que je me cache entre les pierres

Et que je recommence toujours, et vivre sans dormir.

*

Ne jamais abandonner la bataille avant la fin

Retrouver ce frère perdu entre les branches

Contempler le désastre des feuilles et des fruits,

La tente abandonnée aux soldats ennemis

Les douves du Château ont cédé à la pluie,

Je recommence, je rebâtis, la Forteresse périssable

Que la mer et le vent ont détruit.

Je n’ai pas fini, mère, je recommence.

Guillaume Dreidemie

Guillaume Dreidemie

Guillaume Dreidemie, né en 1993. Poète. Philosophe. Chercheur rattaché à l'IRPHIL (Institut de Recherches Philosophiques de Lyon, Université Jean Moulin Lyon III). Membre associé du Laboratoire de recherche interdisciplinaire MEMH (Middle-East Medical Humanities/ Université Saint-Joseph de Beyrouth). Membre fondateur de la revue de poésie L'Echarde.

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